Série de dessins « le Minotaure » de Michel Rovelas

ROVELAS SEUL debout 500Dans le cadre de la clôture de l'année Rovelas organisée par GdC-971, le samedi 7 mars, au Quai des Arts, à Pointe-à-Pitre, une exposition inédite d'une série de Michel Rovelas  a pris la forme d'une rencontre/débat avec les participants. En voici un aperçu rassemblé ici.

 


Ambiguïté autour de la série de dessins  «le Minotaure»  de Michel ROVELAS : une exposition, une célébration, ou une initiation ?
mr expo vue dessins plusieurs
- Ceci ne serait-pas une exposition ?


Pour le moins, il ne s’agissait pas d’une exposition ordinaire. Manifestation d’un soir, sur invitation privée réservée au cercle des adhérents et amis de Gens de la Caraïbe-Guadeloupe, cette manifestation donnait à voir (ou à revoir pour certains) dix-sept dessins en noir et blanc, à l’encre de  Chine, sur papier de format  24 x 32 cm pour les plus petits, et 29 x 42 cm pour les plus grands.

Une série de dessins, tous consacrés à la déclinaison d’un même motif : celui de l’accouplement du Minotaure, monstre à corps d'homme et à tête de taureau, avec une de ses victimes, une jeune femme.

 

mr expo haut
- Une monstration se déroulant en l’absence de celui que l’on honore pour clôturer « l’année Rovelas » ?


Michel Rovelas prétend aborder un mythe, celui du Minotaure, en procédant à la destruction d’un autre mythe, celui de l’auteur.

Une œuvre est le résultat de cultures multiples qui entrent en dialogue, en tension les unes avec les autres et qui vont faire sens, de façon imprévisible et nouvelle à chaque fois, par la « Rencontre avec l’Autre ».

Exit du « secret », du sens ultime détenu par l’auteur et qui fige le sens. Michel Rovelas a vraisemblablement lu les écrits de Roland Barthes et  de Michel Foucault sur la réception. A la question naïve qui n’aurait pas manqué de lui être posée, « Qu’avez-vous voulu dire ? », il pourrait répondre comme le fit Arthur Rimbaud, interrogé par sa mère : « J’ai voulu dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens ».

 

 


public Katheline Joss Laure
- Célébrer un absent dont « lespri » est présent ne relève-t-il pas d’une forme de rituel collectif?


L’invitation était explicite. Après le passage par l’espace d’exposition, conçu comme un lieu d’initiation, les participants formant alors une communauté, étaient invités à participer à un débat en échangeant leurs ressentis et leurs réflexions.

La scénographie avait été imaginée pour suggérer une initiation renvoyant à un culte primitif incarné par le Minotaure.

Attirés par un brame de cerf vers un espace fermé habillé de noir les participants allaient se voir métamorphosés en officiants.

Faisant face à une rangée de bougies rouges occasionnant un effet de miroitement, un crâne de bœuf faisait écho au motif de la « bèt a korn ».

 

 

corinne pierre fanfan espiegle
Après un premier chant, "Toro é  matadò" interprété par Corinne Pierre-Fanfan, un rappel du mythe grec était fourni  à la demande générale : le Minotaure, fruit des amours coupables de Pasiphaé - femme du roi de Crète Minos - avec le taureau blanc que lui envoya Poséidon, incarne la figure du monstre. Homme aux instincts de bête, il nous représente.


L’assistance fait état de la relation ambiguë qu’entretient le taureau avec sa victime. Certes le corps de la victime subissant le viol est comme disloqué dans une sorte de mise à mort qu’exprime le cri  de sa bouche.

 

Un cri qui n’est pas sans évoquer celui de Munch. Cependant cette violence est tempérée par les gestes du taureau, des gestes empreints de tendresse, qui le rendent paradoxalement sympathique.

Un parallèle avec l’appropriation de ce même mythe par Picasso pointe l’originalité de Michel Rovelas, tant par son graphisme acéré que par la posture dans laquelle il positionne son « hypocrite » observateur et « frère », auquel il tend un miroir.

 


Rovelas erotique dessin
- Les dessins sont-ils « érotiques » ?


La question fait débat, certains refusant, par pudeur, hypocrisie ou a priori, de leur reconnaître toute capacité à susciter le désir.

A l’opposé l’assemblée va unanimement se retrouver, culturellement, dans le détournement que l’universalité du mythe grec permet avec le carnaval.

Alors que Picasso opérait un glissement du Minotaure avec le Centaure et la tauromachie, la tête cornue du Minotaure est assimilée à un mas.

Un mas a korn comme celui porté par les membres du groupe Voukoum.

Ou un masque emblématique d’une société pratiquant le masco pour se sortir d’affaire, jusqu’à ce que cette pratique devienne une seconde nature.

La femme elle-même, en véritable « diablesse », ne feint-elle pas la posture de la victime ?


corinne pierre fanfan interieure
- Le Minotaure, un mythe des origines ?


L’orientation que prit alors le débat est révélatrice d’une mémoire enfouie ne demandant qu’à refaire surface.

Si le taureau n’a fait son apparition en Guadeloupe qu’avec la colonisation, les masques de même que certaines gravures rupestres en Afrique témoignent de pratiques cultuelles anciennes.

Le mythe grec, construit sur la stigmatisation d’une faute initiale, attendait Thésée, celui qui allait libérer la Grèce du tribut dû au monstre.

Le débat, entrecoupé de quelques libations, aurait pu se prolonger fort tard. Il trouva son point d’orgue avec un second chant, affirmant la victoire de l’homme sur les pulsions animales, les  siennes ou celles qui l’opprimèrent ou l’oppriment encore aujourd’hui :  "Libèté".
                                        

Scarlett JESUS, 12 mars 2015, Pointe-à-Pitre

Merci bien sûr à Michel #Rovelas, à Corinne Pierre Fanfan et Stéphane ‪‎LatilyéKorosol‬ pour leur contribution musicale.

Merci à Mireille Bandou Kermarrec et Scarlett Jésus, Joss, Robert Fontes, Hélène Valenzuela, Yves Bercion (création sonore) et toutes les petites mains précieuses, habiles pour cette soirée et tous les événements de cette année spéciale. 


Retrouvez l'année Rovelas de Gens de la Caraïbe ici

Autres photos de la soirée :

1 - bureau de Gens de la Caraïbe-Guadeloupe et Mireille Bandou à gauche.

2- Scarlett Jésus, membre du bureau de Gens de la Caraïbe-Guadeloupe

3 - Eric Nabajoth, membre du bureau de Gens de la Caraïbe-Guadeloupe

4 - Christian Geber

5 - Michel Rovelas et Bèt a korn, le boeuf

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