L'insularité dans le travail de Michel Rovelas

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Dans le cadre du 19e colloque du CEREAP (Centre d’Etudes de Recherche en Esthétique et Arts plastiques), qui s’est déroulé  en Guadeloupe, les 29 et 30 novembre 2014 à la Médiathèque du Gosier, une quinzaine d’intervenants se sont succédé sur le thème des « Créations insulaires ». Si certains artistes comme Lena Blou, Jocelyn Akwaba-Matignon, Richard-Viktor Sainsily Cayol ou encore le Martiniquais Sentier, ont pu présenter directement au public leur démarche artistique  Dominique Berthet, fondateur et responsable du CEREAP, par ailleurs professeur des universités et critique d’art, a proposé une réflexion portant sur :   « Une approche de l’insularité » dans le travail de Michel Rovelas.



ROVELAS VALENZUELA 500pLe Minotaure : une figure emblématique et ambivalente.


D. Berthet s’est arrêté sur quelques toiles récentes de cet artiste, exposées dans le cadre de l’exposition « Mythologies Créoles » en 2014 à Basse-Terre. Plus particulièrement, sur la série constituée autour du « Minotaure », en interrogeant la présence de cette figure de la mythologie gréco-latine dans l’œuvre de M. Rovelas depuis 1996. Pourquoi le Minotaure ? Si les œuvres s’inscrivent à la fois dans un lieu et dans une histoire, force est de constater qu’au regard de l’histoire des îles il y a un manque d’images par rapport à une mémoire absente ou oubliée. La mémoire de l’Afrique n’a pu être emportée et, au fil des siècles, les descendants de cette déportation ont assimilé en partie les mythes des colons dans lesquels ils ont fondé leurs propres croyances.

 



Rovelas CEREAP1 2014 2Ce qui intéresse M. Rovelas dans cette figure du Minotaure, nous dit D. Berthet, relève de la complexité de l’être, de son ambivalence. Pour lui, la trame du mythe constitue un guide, une aide, une invitation à la création critique de ce qui est.

À l’image de ce que René Ménil exprime dans le 1er numéro de la revue Tropiques, dans « Naissance de notre art », à savoir une exhortation à une poésie nouvelle, mettant fin à trois siècles de celle des autres, M. Rovelas tente une démarche similaire dans le domaine des arts plastiques.
L’image du Minotaure, de manière complexe, est à la fois associée aux maîtres et aux Guadeloupéens victimes de l’Histoire. Bourreau, victime, et lui-même se retrouvent dans cette figure hybride, mi-homme, mi-taureau. Ambivalence de l’être pour une ambivalence de signes dans ses œuvres chargées de sens où le cadrage, les corps, les fragments se conjuguent dans des partitions parfois érotisées où se lit l’effroi à l’approche du Minotaure. L’espace de la toile est structuré par des cadres flottants, des changements de points de vue qui égarent le regard du spectateur, créent du trouble.

Une composition plastique fragmentée renvoyant à l’archipel

Rovelas CEREAP1 2014Si le cadre dans le cadre recadre tel un insert, il dynamise l’espace et le fragmente. Ce phénomène de fragmentation par rapport à une structure initiale renvoie à la structure de ce qui marque l’île séparée d’un continent (dans un temps immémorial), à la structure éclatée de l’archipel. D. Berthet termine sur cette image : « Tout être est une île », cette idée de l’individu île l’intéresse, elle renvoie à l’idée de la solitude de chaque être, être isolé travaillé par les intempéries qui l’assaillent.

 

 

 



Rovelas CEREAP1 2014. 3Les débats qui suivirent cette intervention évoquèrent la question de la couleur dans l’œuvre de M. Rovelas (difficile à traiter dans le temps imparti à chaque intervenant), beaucoup échangèrent à propos des cadres qui ponctuent de façon si particulière une grande partie de ses toiles, rappelant à des degrés bien différents la fenêtre albertienne, autre temps, autre lieu… puisque pour l’artiste, reprend D. Berthet, ces cadres sont à prendre comme des guides focalisateurs du regard, des éléments graphiques qui mettent en relief certains détails, ou qui ouvrent vers d’autres possibles. Les échanges furent passionnés, à la hauteur de l’intérêt de l’assemblée pour ce peintre qui malheureusement ne pouvait partager ce moment.

Lise Brossard

 

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