Le retour du Duvalierisme par Jacky Dahomay et amis

Au moment où part l'auteur anti-duvaliériste Jean Métellus au pays sans chapeau, nous apprenons que le 01 janvier 2014 Jean-Claude Duvalier était invité officiellement à la fête de l'Indépendance aux côtés du président en exercice d'Haiti. Avant de prendre connaissance du texte plus bas envoyé par l'homme engagé qu'est Jacky Dahomay (Guadeloupe), nous vous invitons à lire ou relire  « Les saisons sauvages » de Kettly Mars paru en 2010 aux éditions mercure. Un des rares ouvrages avec celui de Dany Laferrière « Le goût des jeunes filles » à revenir sur cette période sombre de la dictature vécue par une mère de famille prise dans un étau.


 
 
(Ce texte, sans doute noir, est l’expression d’une expérience personnelle, mais il se veut un hommage à tous ceux qui sont morts sous les dictatures en Haïti)
 
 
Je suis en train de déjeuner tranquillement, sous le regard envieux de mon chat, quand je reçois d’Haïti, un coup de fil de Sylvie Bajeux m’annonçant  la triste nouvelle : le premier janvier, date d’anniversaire de l’indépendance d’Haïti, le président Martely est venu à la célébration officielle aux Gonaïves accompagné de Jean-Claude Duvalier. Il y avait aussi un ancien dictateur comme Prosper Avril ! Le président Martely a fait un appel solennel aux autres anciens dictateurs pour l’aider à consolider son pouvoir. Symboliquement, c’est lourd, trop lourd !

 De rage, j’envoie promener mon assiette de court-bouillon. Mon chat bondit hors de la cuisine puis revient, sans doute attiré par les éclaboussures de poisson, mais suspend son geste félin en une interrogation muette en me fixant du regard, comme si son étonnement d’animal interrogeait ma propre humanité. Veut-il me signifier que la rage, en politique, est toujours impuissante ? Je reste donc debout mais ma tête vacille.

Tout cela est trop dur à avaler ! Je pense à la longue dictature duvaliériste, du père et du fils, à tous ces haïtiens torturés, assassinés ou condamnés à l’exil. A-t- on oublié les « vêpres jérémiennes » quand le 5 août 1964, 27 personnes de la ville de Jérémie furent sauvagement assassinées et quand les mois qui suivirent, Duvalier père, au nom du « noirisme » fit torturer et tuer des centaines de mulâtres femmes, enfants et vieillards ?  Et le massacre de Thiotte où des centaines de paysans furent tués ? Je pense aussi à cette longue transition démocratique qui suivit la chute de Duvalier en février 1986, à la victoire –que nous croyions démocratique- du père Aristide, renversé aussitôt après le coup d’Etat de Raoul Cedras (...)
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                                  DÉCLARATION CONJOINTE CONTRE LA PRÉSENCE DE L'INCULPÉ JEAN-CLAUDE DUVALIER AUX CÉRÉMONIES OFFICIELLES DU JOUR DE L’INDÉPENDANCE D'HAÏTI
 
Nous signataires de cette déclaration, issus de la société civile haïtienne organisée, sommes profondément indignés par la présence du dictateur déchu Jean-Claude Duvalier et de l’ex-militaire putschiste Prosper Avril, sur invitation du Président en exercice Michel Martelly, aux cérémonies officielles du jour de l’indépendance d'Haïti, le 1er janvier 2014 aux Gonaïves. Cette présence des anciens tortionnaires est une provocation et une insulte inqualifiable à la nation. Elle est également un affront à la mémoire des milliers de victimes de la dictature duvaliériste.

Jean-Claude Duvalier est aujourd’hui inculpé, par devant la justice haïtienne, pour crimes financiers et crimes contre l’humanité. Les victimes, ayant engagé des poursuites contre l'ex-dictateur, attendent encore une décision de la Cour d’appel par rapport aux crimes contre l’humanité ; crimes imprescriptibles et non amnistiables.

La justice ne saurait être confondue avec la vengeance. Ce sont les duvaliéristes et leurs tontons macoutes qui ont eu le monopole de la violence d’État, avec tout ce que cela implique. Ils sont jusqu'à présent protégés par l'impunité systémique qui prévaut dans le pays. Les victimes de la dictature et les défenseurs des droits humains, qui ne confondent pas réconciliation et déni de justice, s’insurgent contre la banalisation de l'impunité, le révisionnisme historique et exigent que la Cour d’appel rende enfin sa décision, conformément à son mandat et par respect pour les victimes qui ont courageusement porté plainte contre Duvalier.
Nous appelons les différents secteurs de la société à refuser la réhabilitation du duvaliérisme et la banalisation de l’impunité.
 
Port-au-Prince, le 7 janvier 2014.
 
Organisations signataires
1.    Collectif contre l’impunité
2.   CEDH (Centre œcuménique des droits humains)
3.    Centre Pétion Bolivar
4.    CRESFED (Centre de recherche et de formation économique et sociale pour le développement)
5.     GARR (Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés)
6.    Kay Fanm (Maison des femmes)
7.   JILAP (Commission épiscopale Justice et Paix)
8.   MOUFHED (Mouvement des femmes haïtiennes pour l’éducation et le développement)
9.    POHDH (Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains)
10.  RNDDH (Réseau national de défense des droits humains)
11.   SOFA (Solidarité des femmes haïtiennes)
 
Pour les organisations signataires et authentification
 
 
Sylvie W. Bajeux
Directrice exécutive CEDH

Pierre Espérance
Directeur exécutif RNDDH

 Pétition à signer en ligne

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