Véronique Kanor, cinéaste + vidéos

(autoportrait)     Pendant longtemps je voyais ma vie remplie d’objets manquants, de mornes ras et d’idées sans lendemains.  

  J’ai fait de longues études, histoire de continuer à ne pas me soucier de l’avenir. (Je voulais rêver). J’ai fait attachée de presse et j’ai détesté ça. J’ai créé un fanzine, Rebelle, qui prétendait faire surgir une parole nègre et guerrière dans un Orléans très orléanais.

(Je voulais tenir une caméra. J’écrivais des débuts de scénarios avec mes angoisses post-adolescentes.) Un numéro plus tard, la clé était sous le paillasson. J’ai fait Paris pendant une dizaine d’années en me disant chaque année que c’était la dernière.

(Je voulais partir. Partir pour aller où ?) J’ai gagné ma croûte à faire des sujets sur la culture, sur la société, sur l’éphémère pour France 2, 5, RFO. Quelques émissions de radio : Melting Popote sur une radio libre où il s’agissait de racler les fonds de gamelles des cultures du monde. C’était chouette. Un jour, c’est arrivé comme ça : j’ai fait un film, La Noiraude, avec ma sœur Fabienne. On voulait essayer de dire nos en-dedans, parler d’une négresse qui ne serait pas nous, quoique…

C’était en 2005. Il faisait froid à Paris quand nous avons tourné. Nous découvrions ce que ça voulait dire que faire du cinéma. Nous écoutions Eugène Mona «Guérié Guérièz» pour affronter la tâche. C’était difficile. C’était génial.  (Mes idées ont commencé à se construire un avenir.) 3 ans plus tard, nous retroussions à nouveau nos manches pour un autre film court, C’est qui l’homme ?, tourné à Brest parce que. Entre temps, toujours en quête du lieu possible, j’ai immigré en Martinique.

Retour au pays pré-natal. Atterrissage dans une zone de turbulences, sur une terre que je croyais mienne à force de l’avoir tellement côtoyée dans les livres, la musique, dans les souvenirs des parents et cet exil intérieur. Ile affamée, vieille dame sur ses gardes, la Martinique m’a été violente, beaucoup.

Mais en fouillant la terre, j’y ai trouvé deux-trois objets qui me manquaient, une énergie vitale, des ignames et une réflexion sur la mort, sur la foule, sur la face des gens. Cette île est devenue ma maison, l’atelier où j’ai mes pinceaux, mon œil, mes entrailles à l’air libre.

Sur les murs de ma case, des textes blogués, slamés, des photographies sur l’errance, Une femme qui passe (fiction sur l‘aliénation amoureuse), des flashs filmés sur une grève qui m’a bouleversée en 2009 (Barè,Broyage de cannes) et Ainsi soit-il, pamphet sur le sens de la vie.

J’ai sillonné les verticales martiniquaises en prenant une caméra et le vent de face: une émission culturelle sur RFO (Dans le pitt), des sujets à droite, à gauche, un portrait de 52’ sur l’avocat militant Marcel Manville et quatre documentaires radio sur les Antilles d’aujourd’hui, pour France Culture ont jalonné ma route.

En 2010, je suis montée sur scène pour présenter tout ça, dans un condensé intense. Solitudes Martinique est un spectacle de pict-dub poetry où se mêlent photographies, fragments filmés et textes engagés pour dire la Martinique telle que je la souffre et telle que je l’aime.

J’ai pris la hauteur de la vieille dame. Maintenant, je sens ma vie chargée de ses humeurs à elle, de ses mornes embrassant le soleil et de ses lendemains pleins de pains sur ma planche.

VK, Orléans, 2012

> À voir en ligne sur Daily Motion

 

Barè (Barreurs), un 26 minutes à l'intérieur de la grève avec ceux qui posaient les barricades de la grève générale de 2009 qui immobilisa l'île 38 jours.

Broyage de cannes, 2009 sur la grève générale de 2009 en Martinique
La qualité de la mise en ligne est malheureusement médiocre comparé au document original.

 

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