JE SOUTIENS GENS DE LA CARAIBE !

 

2013-artistes-annee-gdc-228p

Recevoir nos informations

S'abonner

Lettre d'information culturelle caribéenne « Ici et là-bas » envoyée deux fois par mois. ou actualités par domaine ou informations professionnelles pour le secteur de la culture, inscrivez-vous pour recevoir ces infos dans votre courrier électronique.

Adelante !

AGENDA GDC

Login Form

Sortie nationale de « La Martinique aux martiniquais, l’Affaire de l’Ojam »

Les Films du Marigot ont le plaisir de vous annoncer la présence en salle depuis le 18 avril 2012 du nouveau documentaire de long métrage « La Martinique aux Martiniquais », L'affaire de l'OJAM - réalisé par Camille Mauduech.  A voir notamment à l'Espace Saint-Michel à Paris.

 

La réalisatrice Camille Mauduech propose, après « Les 16 de Basse-Pointe », son deuxième film documentaire « La Martinique aux Martiniquais, l’Affaire de l’Ojam », projeté en Martinique et en Guadeloupe en février 2011. Il s’agit de jeunes Martiniquais qui s’organisent en association anti-colonialiste et sont soutenus par une organisation fondée à Paris, le Front Antillais. Dans la nuit du 22 décembre 1962, ils placardent en Martinique une affiche avec le slogan : « La Martinique aux Martiniquais ». Plusieurs membres sont inquiétés ou arrêtés. Leur procès a lieu en France en février 1963 et s’inscrit sur une toile de fond particulière : indépendance des pays d’Afrique noire, crise de Cuba, guerre d’Algérie, visite de de Gaulle en Martinique…

Avec « Les 16 de Basse-Pointe » sorti en salles en 2008, Camille Mauduech retraçait, sous une forme narrative, les événements qui se déroulèrent à Basse-Pointe en 1948 : dans un climat de grève, l’assassinat d’un béké, l’arrestation et le procès d’ouvriers agricoles. Le public avait pu apprécier la qualité de l’enquête historique menée tout autant que l’originalité de la forme choisie.

Avec ce deuxième film documentaire, projeté en avant-première en Martinique à un public d’enseignants, la réalisatrice s’intéresse à nouveau à notre histoire immédiate dont  le sujet lui a été suggéré par des spectateurs des « 16 de Basse-Pointe ». Le coup d ‘essai a donc trouvé un écho favorable et la démarche de la réalisatrice semble répondre à une demande : qu’en est-il de notre histoire immédiate, de celle qui a touché nos parents ?

Il s’agit cette fois de l’affiche placardée dans toute l’île dans la nuit du 22 décembre 1962 avec le slogan « La Martinique aux Martiniquais», de l’arrestation de certains membres de l’Ojam (Organisation de la jeunesse anti-colonialiste martiniquaise ) et du procès qui s’en est suivi. Camille Mauduech n’a pas opté cette fois pour une forme narrative. Elle laisse la parole aux partisans de l’Ojam, ainsi qu'aux membres du Front Antillais et incorpore des images et des vidéos d’archives. Elle interroge également des historiens. Ainsi, les intervenants nous proposent leur version des faits : ce qu’étaient l’Organisation, ses liens avec le Front Antillais, ses objectifs.

On constate très vite, comme le dit l’un des membres de l’Ojam « qu’il y a autant d’Ojams que d’Ojamistes ». C’est pourquoi, pour cette organisation aux diverses ramifications et sur laquelle plane toujours un voile de secrets et de non-dits, la variété des relations est instructive. Au spectateur, à la suite de la réalisatrice, de croiser les sources et de se faire une idée des événements, des tenants et des aboutissants de l’affaire...
Sans trop déflorer le sujet, nous mentionnons quatre aspects.
Tout d’abord, la réalisatrice introduit l’Ojam comme une histoire de  « maronaj ». Effectivement, transparaît des relations des partisans la figure du révolutionnaire aux accents tantôt épiques, tantôt romantiques et tantôt, il faut le dire, pathétiques… Ensuite, nous pensons que la présence-absence d’Edouard Glissant est lourde de significations quant à l’appréhension de l’après-Ojam. La mort de l’écrivain et philosophe, le lendemain de la projection, vient sceller le fait que nous n’aurons pas « sa version des faits ». Ne faut-il pas voir là les prémisses du malentendu entre le milieu nationaliste et les intellectuels ?

L’Ojam apparaît  comme une organisation de résistance, de volonté d’une société nouvelle, de quête de responsabilité en dehors de tout parti politique (même si dans les faits des communistes participent au travail d’éveil des consciences dans les quartiers). Un mouvement qui n’est pas compris des politiciens pour qui ce genre de démarche ne peut conduire qu’au « vide politique ». Ce n’est pas sans rappeler certains événements de février 2009 en Martinique et en Guadeloupe…  

Et puis, que s’est-il passé dans la population martiniquaise, dans les mentalités entre décembre 1959 et 1962 ? En décembre 59, la population réagissait contre une agression à caractère raciste. Elle manifestait contre un pouvoir répressif dont les fonctionnaires se livraient à des agissements racistes. Et puis, en 62, après l’arrestation des membres de l’Ojam, la population rejette ses « fils indignes », les calomnie. Comment la propagande qui a fait de ses jeunes « révoltés » des « monstres sanguinaires» a-t-elle pu fonctionner ?

Ainsi, le dernier film de Camille Mauduech informe autant qu’il interroge sur les faits relatés et nos problématiques actuelles.


Elsa Inimod

Share