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Entretien avec Hervé Yamguen au Forum AfricAméricA

Hervé Yamguen est un plasticien et poète camerounais âgé de 40 ans, qui vit de sa pratique depuis une vingtaine d’années. C’est la première fois qu’il se rend en Haïti, et ce, grâce au projet _Trans-/AfricAméricA,  qu'il a intégré d'Antananarivo à Port-au-Prince en passant par Douala, avec une dizaine d’artistes en création.
C’est à travers la littérature que Hervé côtoie pour la première fois Haïti, ce qui lui procurera une fois sur place, la sensation de connaître déjà un aspect de cette culture. Sur le plan de la création, les artistes haïtiens qu’il a rencontrés partagent avec lui certaines des interrogations d’actualité à Douala qu'il partage avec nous.



Gens de la Caraïbe : Quel constat faites-vous concernant la scène artistique à Port-au-Prince ?
Hervé Yamguen : Je constate qu’il y a beaucoup d’artisans, mais peu d’artistes, or la création contemporaine doit exister.

GdC : Percevez-vous des points communs entre les artistes du Cameroun et d’Haïti ?
H.Y. : L’art est une manière d’être au monde et l’intensité de son être rejaillit sur la matière, que ce soit de la toile, de la sculpture. Il est absolument nécessaire dans l’espace culturel d’aujourd’hui que les artistes haïtiens et africains se rencontrent d’autant que la relation à l’art est souvent empreinte d’ésotérisme, contrairement à une forme d’art occidental qui tend à célébrer le morbide. Aussi, les artistes africains ne devraient pas imiter benoitement cet esthétisme venu d’ailleurs pour percer, mais s’ancrer dans leur univers afin de mieux refléter leur relation au monde. Pour ma part, je ne m’inscris pas en faux par rapport à mes traditions et mes coutumes dans la mesure où cela forme un continuum dans ma relation au monde, tel un socle solide sur lequel repose mon identité d’artiste.

GdC : En quoi consiste le travail que vous réalisez dans le cadre du forum AfricAméricA ?
H.Y. : Pendant ces quelques jours et avec l’aide de stagiaires, j’ai proposé un montage intitulé « la tour des rêves », inspiré d’un rituel à Douala, où les porteurs des masques sortent dans la rue pour que les défunts intercèdent en tant que forces protectrices. Ce socle a été recouvert de vers de poètes tels que Anthony Phelps, Joël Desrosiers ou encore Georges Castera. Autour, il y a eu une performance composée de percussions et de chants, réalisée avec sept haïtiens. J’ai naturellement décidé de les intégrer à ma performance car depuis que je suis à Port-au-Prince, certains rythmes dans les percussions et chants folkloriques me semblent familiers.

GdC : Dans quelle relation à l’art se situent les artistes haïtiens que vous avez rencontrés ?

H.Y. : Je crois que les artistes haïtiens ont une conscience aiguë de leur relation au monde, toutefois le dialogue entre le continent et ce pays doit s’amplifier pour clarifier les zones d’incompréhension et surtout mettre en exergue ce qui nous rapproche.

GdC : Selon vous, dans lequel des deux pays, la vie d’artiste est la plus « confortable » ?

H.Y. : Comme de nombreux artistes haïtiens, leurs homologues africains déplorent que leur gouvernement n’investisse pas plus dans le secteur de la culture alors même que des artistes très talentueux, choisissent souvent de partir. 
Au Cameroun, il est extrêmement difficile d’endosser la profession d’artiste. Les artistes de Douala ne bénéficient que du soutien de structures privées, tels que Doual’art de Didier Schaub, de Culturesfrance ou de l’œuvre de mécènes. Les artistes ont beaucoup de mal à joindre les deux bouts, fragilisés par une demande locale quasi-inexistante. Malgré ces gageures, je reste vivre à Douala, ville qui m’a vu naître, tout en m’ouvrant aux propositions notamment de résidence à l’étranger.

GdC : Est-ce que vous réussissez à vivre de votre art ?
H.Y. : Si le statut d’artiste est respecté à Douala, il est difficile d’en vivre dans la mesure où il n’y a ni collectionneurs, ni acheteurs réels au Cameroun. Mes déplacements à l’étranger sont en ce sens, l’occasion d’échanges fécondants dont j’ai besoin. Cette aventure artistique s’est précisée lors de ma rencontre avec le couple Didier et Marylin Schaub, fondateur de la structure Doual’art depuis 1991. C’est une petite structure de 6/7 personnes qui aide le public des quartiers populaires autour du développement de la ville conjointement à l’expression artistique telle que l’art visuel.

Entretien mené par Ayelevi Novivor à Port-au-Prince, octobre 2011

Photo 1 : Hervé Yamguen dans une rue de Port-au-Prince
Photo 2 : performance d'Hervé Yamguen durant la restitution du travail réalisé durant le Forum.

Liens
Forum transculturel AfricAméricA

 

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