la société

Nous retiendrons (peut-être) de 2011 …

Pour les départements et collectivités français ex-colonies, l'année 2011 n'est pas une année comme les autres. L’apport de ces régions « outre-mer » à la nation française a été valorisé cette année par de nombreuses institutions et dans de nombreux secteurs. Volonté du président de la République Nicolas Sarkozy, elle a proposé à certains une visibilité - qui se voulait nationale - de leur travail et a suscité chez d’autres de la méfiance.
Pourquoi une année des outre-mers, au lendemain de la grande crise sociétale de l’année 2009 en Guadeloupe et Martinique et à la veille des présidentielles ?, se demandent certains. Pourquoi le soutien de l’Etat au secteur culturel en 2011 oblige t-il les créateurs d’accepter cette labellisation ?*, s'interrogent d'autres.



Le concept de cette année proposé par le commissaire nommé pour l'occasion Daniel Maximin (aux commandes qu'au mois de juin 2010) était dans un premier temps de « déconstruire l’image » communément partagée mais réduite, des plages-tropicales-rhum-et-cocotier, en proposant des regards de créateurs contemporains.

Cependant très vite, les ennemis politiques de Marie-Luce Penchard, ministre de l'Outre-mer en exercice ne pouvaient concevoir une année des outre-mer sans justement le côté festif que défendent bon nombre d' associations antillaises de l’Hexagone.

Puisque l’année des outre-mer, par sa nature, veille à satisfaire tout le monde, l’ambition de Daniel Maximin semble alors marginalisée.

Ainsi le carnaval et le zouk ont rapidement rejoint les rangs de l’année des Outre-mer et apparaissent même comme événements-phare avec notamment l'ouverture de l’année avec l'événement Talents Guadeloupe dès janvier 2011 au Casino de Paris  et au New Morning (salle de concert parisienne), le Carnaval tropical sur les Champs-Élysée en juillet, la Nuit des Outre-mer le 08 octobre (programmation essentiellement de variété).

Cependant des événements moins grand public, qui ne peuvent exister sans soutien institutionnel, auront marqué cette année des Outre-mer et laisseront peut-être des traces :  l'exposition Nous nous sommes trouvés autour de Aimé Césaire, Lam, Picasso aux 
Galeries nationales du Grand Palais, la série documentaire « Une histoire de l’outre-mer » de Christiane Succab-Goldman sur France 5,  l’émission L’heure ultramarine sur France Inter, OMA/Outre-Mer Art Contemporain à l'Orangerie du Sénat, l'exposition Mascarades et Carnaval au musée Dapper (à venir) ou les États généraux du multilinguisme dans les Outre-mer en décembre 2011 et bien d'autres encore.

 

Finalement, ce mélange des genres rappelle les propos d'Audrey Célestine sur le fait qu'il n'existe pas une seule façon de se définir caribéen, ce qui constitue une caractéristique de la créolisation, mélange de genres, de styles mais aussi de qualité**.

Certains espéraient également des projets qui permettent de vulgariser des approches de l’outre-mer et donc de toucher un public plus large, notamment un public « jeune » en quête de repères identitaires et historiques. Cependant, l'accent semble avoir été mis sur des outils à destination des chercheurs et professionnels, comme notamment les pages du site du ministère de la Défense concernant la Compagnie des Indes, mis à disposition par les archives nationales. De tels outils alimenteront les productions et créations autour de thème touchant ces régions.


Hormis les événements labellisés « année des Outre-mer », d’autres événements en 2011 ont bien sûr marqué les consciences, notamment le film de fiction  Case départ de Fabrice Eboué et Thomas Ngijol qui a réussi à sensibiliser par l’humour plus de 1,8 millions de spectateurs en moins de trois mois. Auparavant La première étoile de Lucien Jean-Baptiste (plus d’un million d’entrées) avait aussi avec humour évoqué les échanges entre les différents mondes (antillais et « français de France » (scène au comptoir des bars ou rencontre improbable entre une mamie antillaise débonnaire et une montagnarde méfiante). En septembre/octobre, nous attendons avec impatience le film de Mathieu Kassovitz  L'ordre et la morale sur Ouvéa.

Si Dominique Roederer remarquait  dans l'émission radiophonique Paris sur Mer que l'année des Outre-mer avait raté l'occasion de sélectionner au moins une pièce de l'Outre-mer (de près ou de loin)  dans le « In » du festival de théâtre d'Avignon, nous aimons penser que rien n'empêche que dans les années à venir, sans label, les créations caribéennes (et autres) continueront à affirmer leur place dans la marche du monde.


Nathalie Antiope et Karole Gizolme

* selon un article du quotidien Le Monde de 2010, l'année des Outre-mer aurait coûté 1 million d'Euro.
** nous n'abordons que la Caraïbe, terrain que nous connaissons le mieux.
 

> Les autres événements de l'année des Outre-mers à télécharger.
> Site de l'année des Outre-mers.

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