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Hommage à Marius Gottin

Je lis régulièrement vos publications et j'en profite pour vous remercier.
 
Aujourd'hui je vous adresse l'hommage que je souhaite rendre à Marius Gottin, mon ami, mon frère, en témoignage de ma tendresse, et pour le donner à connaître au plus grand nombre.
 
Je lui dois d'avoir publié mon livre "Nonno un Juif d'Egypte" en 2006.


HOMMAGE A MARIUS GOTTIN


« Quand je serai morte, mon très cher,
Ne chante point tristement pour moi ;
Ne plante pas de roses à ma tête, ni de cyprès ombreux.
Sois l’herbe verte au-dessus de moi,
Humide de pluie et de rosée ;
Et si tu veux, souviens-toi,
Et si tu veux oublie »

Christina Rossetti

Il me disait inlassablement à chacune de nos rencontres : « Alors ? Et après Nonno ? ». Et immanquablement je lui répondais : « il ne faut pas me souhaiter d’être dans le même état que lorsque j’ai perdu mon père ; moi j’écris quand j’ai quelque chose à dire ». Il m’avait souri une dernière fois, détaché des vanités de ce monde, de ce sourire bienveillant qui nous rendait complice. Son petit cœur débordant de trop d’amour a implosé un shabbat du mois de juin, lorsque le temps suspend son vol,  pour le repos de l’homme. Désormais, pour lui, ce sera tous les jours shabbat.

Si l’on en croit Einstein "Il y a deux façons de concevoir sa vie-  Une est de penser que les miracles n'existent pas - et l'autre de penser que chaque chose est un miracle. Ce que je sais c’est que cet homme de lettres et de cœur qui a aimé la vie plus que de raison fut une rencontre  miraculeuse pour ceux qui l’on connu.
   
Son appétence pour le genre humain tout entier, le poussait vers les petites gens comme les puissants, pourvu qu’ils aient quelque chose à donner en partage. Et son addiction pour les langues lui facilitait l’accès à leur âme, faisant de lui un être hybride, tant il est vrai que l’ « on est autant de personnes que l’on parle de langues » n’est-ce pas Nonno ?

  Il me disait que les écrivains ne gagnent pas beaucoup d’argent mais qu’ils ont la chance de voyager. Voilà comment il se payait le luxe de découvrir des mondes, de se les approprier puis de les connecter entre eux, sa manière bien à lui d’humaniser une mondialisation qui fait si peur. Mais le luxe suprême, celui qui manque à tous, c’est le temps, celui qu’il prenait la peine de consacrer à ses rencontres, ses coups de cœur, ses échanges en direct, bientôt relayés par la toile, et qui ont définitivement érigé l’amitié en valeur supérieure à toutes, composante intrinsèque aussi de ses  amours  éternelles ou éphémères. N’a-t-il pas réussi ainsi le tour de force de rassembler autour de lui, jusqu’à son dernier souffle de vie, des amis perdus de vue depuis des années ? Il avait encore souri à cette remarque.

Parce que « Dieu aime celui qui est aimé de ses pairs », il a eu la chance d’être aimé plusieurs fois, intensément, par amour ou par amitié. La chance ou plutôt la compétence ? Un véritable aimant je vous dis. Ce qui ne l’empêchait pas de poser un regard lucide sur les êtres et les choses.

Critique acerbe du monde des arts, esthète exigeant, il pouvait se conduire en père bienveillant capable de détecter en chacun une étincelle divine qui le fera briller malgré tout. Et ses « Pardon ! », « laisse-moi te dire… », « superbe texte ! », « il aurait gagné à être lu de manière moins hâchuré » ou « tu es une diseuse, et je sais qui lira les extraits de Biwa » étaient autant de cadeaux du Maître à pensées.
 
 Indulgent devant la faiblesse des hommes, il était sans complaisance, devant ce que  Romain Gary a surnommé Totoche : la bêtise, Filoche : la petitesse, les préjugés, le mépris et la haine et Merzavka : les vérités absolues, trois divinités malfaisantes qui rendent l’humanité innommable. Il était mon ami, mon frère.

On nous a pris Marius, quand les larmes des anges se mêlaient aux nôtres à Paris, et on l’a rendu aux rayons souriants de son soleil natal.  Il ne nous appartient plus ; il a traversé le miroir pour rentrer dans l’Histoire. Celle que nous raconterons à ses petits-enfants en devenir, à ses petits-enfants à venir, pour que son esprit ne meure jamais, car « celui qui engendre ne meurt pas » dit la sagesse populaire arabe. Et ces écrits, les connus, les inédits, les oubliés, témoigneront pour lui, et nos souvenirs prégnants aussi.

Alors si la vie est un songe, rendormons-vous et continuons à rêver.... comme il l’a fait toutes ces années, avec nous à ses côtés. Aimons et respirons  pour lui, nous sommes désormais comptables de ce que nous faisons de la vie qui lui a été ôtée.
 
 «Le vrai sage à la vaste pensée, comme toi tous les soirs, il dort » : je te rends volontiers cher Marius ces paroles de consolation réduisant la mort à un simple sommeil. Dors bien mon ami et veille sur nous, simples mortels. Et si tu pouvais œuvrer pour que notre monde ressemblât à celui que tu avais imaginé….

Je suis tranquille, le monde est davantage peuplé là-haut qu’ici bas, tu ne t’ennuieras pas… Salue pour nous Maurice, Dominique, tes parents,  Aimé Césaire et tous les fantômes qui rôdaient autour de toi….  hasta la vista !

CHALOM HAVER !

Toune

Alias Fortunée Dwek (auteur de Nonno un Juif d’Egypte)
http://www.ajoe.org/Mg7/nono.htm
 

 

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