Marie-Michaël Manquat, parcours d’une citoyenne à l’énergie flamboyante

Marie-Michaël Manquat précise qu’elle est de la famille Lassource, du Vauclin en Martinique. Arrivé en « métropole » à Villiers-sur-Marne dans les années 70 à l’âge de 8 ans, quand le combat était  « chaud », raconte-t-elle en riant, « j’ai compris qu’il fallait me battre ». Hector Poullet, l’auteur guadeloupéen que nous lui présentons au Salon du livre en 2010, lui demande, amusé, si elle se bat toujours. Sans hésiter, elle rétorque : « Oui ! mais avec des mots ! ».
Un an après son arrivée en région parisienne, un « prof’ qui jouait de la guitare » l’a invitée à faire un exposé sur la Martinique. Mica - son nom savann, avec l’aide de sa mère et ses trois soeurs, présente alors Aimé Césaire, avec ses mots à elle.  Et là, enfin, se souvient-elle, on la connaît mieux, on comprend que sa région a aussi sa particularité, « comme la Bretagne a les siennes ». Mica vient donc de quelque part et les bagarres s’arrêtent, du jour au  lendemain. De cet épisode, l’adolescente a gardé le goût du combat et de la mise en mouvement d'idées et d'actions. Même si elle apprendra aussi à accepter la vie telle qu’elle est.

Après un accident lors d'une répétition de spectacle, elle laisse tomber ses rêves de carrière de danseuse. Mica met à profit ses multiples jobs d’étudiantes du guichet de la banque à la coiffure en passant par la vente d’espaces publicitaires. Coiffeuse sera son premier métier qu'elle abandonne rapidement « n'aimant pas l'esprit du milieu » et se passionne pour la communication événementielle, l'édition et la presse qui deviennent ses savoir-faire.

Depuis l’époque où elle gérait son piano bar Ô si b’mol dans le 5° arrondissement de Paris de 1998 à 2000 et Agathe, son agence matrimoniale éponyme, Mica parcourt des kilomètres, à cheval entre la communauté antillaise qu’elle doit connaître dans sa quasi totalité et le reste du monde notamment l’univers brésilien ou celui des titi parisiens dont elle a capté légèrement l’accent.

Parallèlement, passionnée par la littérature, elle « lit les livres dont elle parle », lâche-t-elle dans un grand éclat de rire communicatif.  D’ailleurs l’écouter animer des rencontres littéraires semble une invitation à rejoindre, l'écrivain et Marie-Michaël Manquat dans un espace confortable, pour une conversation passionnante et humaine. Marie-Michaël  additionne encore beaucoup de parallèles dans sa vie. Elle consacre par exemple du temps aux enfants de son quartier et les emmène à la bibliothèque, participe à des soirées lecture avec des aveugles ou encore accompagne son ami l'auteur Ernest Pépin dont elle est devenue presque naturellement et officieusement l’agent et conseillère.

Mais les parallèles de la vie de Mica se croisent aussi. Ses multiples engagements comptent pour dénominateur commun un appétit pour la vie, des rencontres et des actions à mener pour réaliser « un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas! ». Une citation empruntée à Aimé Césaire, le poète qui aura illuminé l’enfance d’une gamine de banlieue parisienne débarquée des Antilles et devenue une Marianne qui s’ignore.

Photo : Marie-Michaël Manquat (d.) et Karole Gizolme, au concert de Tangora au New Morning, octobre 2009 © Bernard Chancy/gdc

Share