Biguine - jazz 2008, plus court mais plus intense

Cette année le Festival Biguine-Jazz a connu lui aussi un fort succès musical. Christian Boutant à l’origine de ce concept malgré la désertion de certains piliers est toujours là bon pied bon œil.  Il veut à l’instar du Latin-Jazz que la Biguine-Jazz soit la figure de proue de la créativité musicale martiniquaise. Année après année un public fidèle de mélomanes se donne rendez-vous autour de ce concept. Cette année la programmation s’est étalée seulement sur deux jours, la première journée a vu la participation de 4 groupes aussi talentueux l’un que l’autre malgré l’âge. KANNEL
Il est vrai que la valeur n’attend point le nombre des années, le groupe Kannel qui n’a seulement que deux ans a pourtant affirmé une belle maturité dans leur quête d’une nouvelle expression issue de la culture bèlè. Ce groupe de gospel à l’origine poursuit son cheminement qui consiste à créer une musique issue de l’inspiration divine mais ancrée dans un terroir plus authentique. Après des revendications largement négro-américaine il a enfin trouvé une expression totalement négro-martiniquaise en puisant dans la substance de compositeurs hors pair comme Alfred Varasse, Mona mais aussi en présentant des compositions originales. Toute leur musique est une hymne au combat quotidien où ils nous invitent à ne pas baisser les bras. Beau clin d’œil à l’organisation qui malgré les vicissitudes a tenue bon et  a pu nous offrir un spectacle de qualité.
La musique de Kannel est aussi une hymne à la beauté de la vie « Lavi bel i ni koulè larkansiel ki ka kléré siel » cette musique est aussi influencée par des rythmes de la caraïbe comme le reggae et les belles notes blues du jazz. Assurément, ce groupe composé d’un quatuor vocal, d’une bonne rythmique constituée du tanbou bèlè, la batterie et des percussions et un excellent pianiste va dans les jours à venir insuffler à la musique martiniquaise toute la fougue de sa jeunesse et de sa foi en un avenir meilleur pour cette musique martiniquaise.

MONDESIR QUARTET
Le deuxième groupe de l’après-midi fut lui aussi authentiquement martiniquais. Avec Edmond Mondésir, un compositeur militant qui l’a déjà affirmé avec le groupe Bèlènou. Les Mondésir se sont produit dans une formule quartet. Manuel à la guitare et à la manipulation de séquenceur, Edmond au tanbou bèlè, Léon Bertide à la guitare et le finlandais Mjuci Paola aux anches et la flûte. Le groupe a passé en revue des standards du bèlè « Ti-kanno », des compositions de Bèlènou « vié mazi ». Edmond a fait la démonstration, s’il en était besoin,  du pouvoir du tanbou bèlè comme instrument rythmique n’ayant rien à envier à la batterie.  Le fils quant à lui a véritablement ouvert un manuel de guitare pour nous offrir de belles improvisations. La joie de jouer a quelques peu pris le pas sur des développements un peu long mais cette formule nouvelle est encore dans une expérimentation et incontestablement promet de nouvelles « Emotions bèlè ». L’invité finlandais a montré de très belles choses au-delà du chanté créole ses interventions magnifiques ont marqué une belle intégration dans une musique du terroir qui finalement s’ouvre au monde. Belle démonstration du diversel ou d’un nationalisme tourné vers le monde un peu à l’image de la formule des tenants de la créolité.
Leur prestation s’est terminée par une participation massive du public sur le titre « Oh Jili Oh »

Ce beau moment s’est poursuivie avec une innovation introduite par l’organisation, la présentation du nouveau genre poétique en provenance des Etats-Unis, le slam. Black Kalagan qui ne voulait pas se taire car selon lui « il avait beaucoup à faire pour sensibiliser par les mots » dans une société avec beaucoup de maux. Le public présent avait en face de lui rien moins que le vice-champion de slam 2007 et celui-ci a montré toute sa verve.

Jimy FELVIA TRIO

Entouré de deux solides gaillards Gervé Laval à la batterie et le Régis Thérèse à la basse Jimy Felvia qui a surtout présenté les douceurs de son magnifique album « Sweet caraïbes ». Au-delà de la formule Trio il a invité des instrmentistes bien connus qui ne sont que des membres de sa famille, le père au saxophone et le petit frère à la batterie. Lorsque la musique s’installe dans une famille assurément il y a de bons moments de complicité en perspective et cela fut amplement démontré. L’on retient la prestation remarquée du bassiste qui nous pratiquement bluffé avec sa basse bleue, magnifique démonstration de slap ou quand la basse parle créole ou lè bas ka dépalé. Jimmy a lui aussi avec son père sollicité un public bon enfant qui sans difficulté a fredonné allègrement « Mòn-la red ».
Christian Boutant a sollicité un rappel et tout naturellement un beau clin d’œil à été fait à Papito avec Ti-péyi nou-an. Là aussi ce jeune pianiste a montré de réelle possibilité et d’excellentes choses à venir. Christian Boutant a rappelé combien il était important d’acheter la production de ces artistes qui montrent une autre musique pleine de sensibilité.

LES FRERES D’HUY

La formule quartet fut elle aussi réutilisée avec les frères d’Huy aux cordes, à la basse et la guitare entouré par deux Dominique, Bougrainville à la batterie et Bérose aux claviers. Cette dernière prestation tint toutes ses promesses avec des compositions de Philippe « Keep in my mine » mais aussi d’Alain Jean-Marie « Travay red ». Le très bouillonnant Dominique Bérose nous a montré de très belles choses et le guitariste Philippe nous véritablement transporté par ces improvisations.

Cette première journée à l’image du temps fut magnifique puisque même la pluie s’est mise à attendre pour écouter ces belles notes de l’édition de Biguine-Jazz 2008 bien présenté dans la dernière livraison du numéro 20 de « Makrélaj ». Le nouveau rendez-vous est fixé pour la seconde rencontre le mardi 12 aout 2008 à 18h00 à Rivière Salée.


Jid
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