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Saison 2008/2009

Hector Poullet, spécialiste de la culture créole, ka ouvè lawonn *

Hector Poullet dans son jardin - mai 2008 © kg-gdcHector Poullet est devenu incontournable sur la question du créole en Guadeloupe. Traductions, adaptations, cours de langues et culture créole. S’ il enseigne depuis le temps où dyab té tibolom, ses cours se sont construits à partir de son parcours, son vécu, ses observations, ses connaissances mais aussi autour de ses doutes et incertitudes sur cette culture créole en constante évolution.

Hector Poullet est l'aîné de sa famille, une tâche dont il endossait - et endosse encore - la responsabilité avec scrupulosité. "Jusqu'à aujourd’hui quand je prends quelque chose en charge, je vais jusque bout, confie t- il, « même si cela me fait suer ». Et cette volonté à vouloir transmettre ses connaissances, il la tient certainement de ses parents. Tous les deux enseignants, ils  étaient des « hussards de la 3eme république qui avaient la foi dans l’enseignement. »

Le métier de ses parents l'a fait voyager et toujours vivre à la campagne dont il est très proche, Trois-Rivières, Marie-Galante, Pointe-Noire, Sainte-Rose, Bouillante, Port-Louis … Puis ses parents partent un an en congé administratif en France, où il est un des rares noirs que l’on croise dans la rue. Il avait 12 ans, c’était en 1952. Aller-retour sur la Guadeloupe. Petit Hector devient grand.  En 58,  on croise plus d’un antillais par jour dans les rues de Paris. C’est en France, qu’il  commence à se poser des questions sur lui, sa langue. Il commence à écrire, « comme je peux d’ailleurs ». Après mai 68, il rentre en Guadeloupe, persuadé que les choses vont changer. Un poste d’enseignant de mathématiques à Marie Galante où il découvre que les enfants ne comprennent rien à ce qu’il raconte. Il se rapproche de Gérard Lauriette à Gourbeyre, premier militant actif qui démarre des cours en créole après avoir été évincé de l'Education nationale dans les années 60 pour avoir pris l'initiative d'enseigner l'histoire, la faune, la flore de la Guadeloupe. « Il était un peu comme un "gourou", on jetait livres et cahiers pour s'asseoir ensemble et discuter.  Ensuite, on écrivait en français ce qu’il fallait retenir. » Rapidement, en 1970, Félix Rhodes, avocat, Michel Rovelas, artiste peintre et d’autres décident de monter l’AGEP, association guadeloupéenne d’éducation populaire avec des cours extra scolaires selon la méthode Lauriette. Une centaine d’élèves se pressaient dans la même salle. Surtout des jeunes exclus du système,  « des petits voyous de Basse- Terre ». Ils ont pu ainsi avoir leur BEPC et continuer. Aujourd’hui, ils sont douaniers, policiers, militants syndicaux … Hector et ses camarades enregistraient là les premiers succès de leur méthode.

hector-poullet-francesca-pa.jpg Quelques 30 années plus tard, le créole est enfin reconnu par la mise en place du Capes de créole.  La langue est plus présente que jamais dans le quotidien. Elle est lue ou entendue dans la publicité, la radio, la télé, les conflits sociaux, les discours politiques, la poésie, la musique.

Hector et les colonisateurs de gauche ...

Désormais, ceux qui arrivent en Guadeloupe ne peuvent plus y échapper et grand nombre d’entre eux s’adressent à Hector. Ils sont « antillais d’outre-mer, ceux qu'on appelle "zoreys" (2) ou africains francophones qui travaillent en Guadeloupe. Hector les appelle avec tendresse les « colonisateurs de gauche ».  « Ils sont dans un pays où ils se rendent bien compte que nous sommes dans une situation coloniale, ils ont en général des postes de responsabilités, ont en dessous d’eux des gens qui parlent créole et ils éprouvent le besoin de communiquer avec eux ».

Ce sont, pour lui, des « colonisateurs » car ils ont des fonctions d’administration d’un système venu d’ailleurs et « de gauche » car ils ont le « cœur à gauche, du côté du peuple ». « Nous n’avons pas le droit de les laisser pour leur compte, il faut les intégrer en faire des guadeloupéens autant que possible. D’abord pour pénétrer le système colonial, ensuite ce sont des gens qui sont formés, et nous devons gagner leur cœur. Il faut le faire avec doigté, en leur apprenant l’histoire, la flore, la faune, la géographie, ce qu’est l’insularité, le doute qu’éprouve toute personnalité antillaise, par quels déchirements nous passons … il faut qu’ils deviennent guadeloupéens ou martiniquais, qu’ils deviennent « nous », qu’ils soient à l’aise ici et que nous, nous puissions compter sur eux. »


Hector Poullet, après avoir sillonné les routes de Marie-galante et de Guadeloupe à bord de sa Kangoo blanche sait de quoi il parle. Ses cours, qui sont des débats plus que de cours magistraux, favorisent toujours la discussion. Car Hector avec sa bibliothèque bien remplie et ses 70 rékolt kafé est toujours à l’écoute de l’autre et reste lui aussi dans l’incertitude et le doute. Il s’oppose à toute idée d’enfermement au nom de la culture créole.  « Je cite souvent le poème d’un guadeloupéen connu qui dit « kanmarad, an nou fenmen lawonn, sé nou menm, nou menm, nou pa ni tanbou a dé bonda » (3) Je suis contre. Nou pa ka fenmen lawonn ! On se réunit certes mais pour discuter, le cercle est toujours ouvert aux autres sinon comment se renouveler  sans l’apport de l’autre ? »


C’est certainement cette ouverture au monde qui donne à Hector Poullet, un visage et une attitude sans âge, si ce n’est celui de la perpétuelle jeunesse qu’offre le renouvellement.

kg

Derniere co-traduction d'Hector Poullet : "Gran kannal la", un numéro de la célèbre BD Asterix.
 Hector Poullet a également collaboré à la sortie fin août en simultané dans une dizaine de langues du numéro 12 de Titeuf  dont une version en créole Guadeloupe / Martinique ! par Caraibéditions.

(*) créole guadeloupéen :  "ouvre la ronde"
(2) zorey : français blancs de peau venus d'Europe continentale
(3) Camarades, fermons la ronde, entre nous,  ... "pa ni tanbou a dé bonda"  (expression créole qui signifie que notre tambour de nègres n'a qu'une peau et donc ne rend qu'un son, alors que le tambour des indiens qui a une peau à chaque extrémité ( le matalon) rend deux sons, et donc tient deux langages)? Le " tanbou a dé bonda " symbolise dans ce cas les traitres.

Photo : Hector Poullet avec Francesca Palli, responsable du site potomitan.info, un site trè fourni sur l'actulaité du créole et les ressources liées à cette culture.

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