Claude Cauquil, un artiste-peintre à cheval entre deux sociétés
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- Publié le vendredi 13 juin 2008 08:18
L’artiste peintre Claude Cauquil a gagné une certaine notoriété en Martinique où il vit depuis 1995. Il y a trouvé « un propos » pour son travail, qu'il n'avait pas trouvé dans son environnement d’origine, le sud de la France où il a grandi.
Inséré directement dans une famille pilotine (1) et son voisinage immédiat d’Anse Figuier, Claude noue rapidement des amitiés aux allures de liens familiaux. « Une chance, pour moi, car beaucoup de « métros » restent entre eux, ce qui leur est plus facile au départ et finissent par s’installer en Martinique sans s’ouvrir à la culture du pays. Certains arrivent avec des préjugés, d’autres adoptent des attitudes racistes sans même s’en rendre compte. »
En quelques mois, Claude Cauquil comprend le créole. Il avait pris soin de débarquer en Martinique avec sa méthode d’apprentissage « An nou palé kréyòl ». Il s’est toujours senti à l’aise dans des soirées où seul le créole se parle, intègre quelques expressions et étoffe son français de quelques mots locaux quand il se trouve avec des proches ou ses voisins de Rivière Pilote. Rien de plus normal. Au-delà de la langue, l’artiste intègre rapidement un mode de vie, change sa façon de voir les choses, sa « capacité d’indignation à tout bout de champs ». Ce qui n’est pas normal chez lui, dans le sud de la France, l’est ici en Martinique. Et vice versa. Il comprend par exemple qu’il est inutile de se fâcher quand les événements ne se déroulent pas comme il s’y attend. Il sait que lorsqu’il invite des amis à manger, il doit prévoir pour deux fois plus d’invités que prévu. Au début, il a été surpris. Maintenant, il invite trois personnes ? Il cuisine pour 6. Au minimum. Il aime aussi cette façon qu’il ne connaissait pas d’aller chez les uns et les autres. Un ami qui vient le voir, l’appelle quand il est déjà à la porte, raconte-t-il, amusé. Les koudmen le fascinent : se mettre à plusieurs pour construire une maison ou nettoyer un jardin et finir l’effort en partageant un repas et des blagues, Claude a vite intégré ce principe qui lui rappelle le « sousou » dont il avait entendu parler en France. Des exemples, il en a d’autres encore.
Aujourd’hui, ce martiniquais d’adoption se sent en décalage par rapport à ses amis restés en France : « les trois quarts du temps, nous parlons de problèmes de société, de façon sérieuse, raisonnée, voiregeignarde. Ils oublient de vivre avant de parler de ce qui pourrait les empêcher de vivre …. »
(1) de Rivière-Pilote

