Traces, Patrice-Flora Praxo peint l'indicible

Une exposition de Patrice-Flora Praxo qui travaille sur le thème de l'esclavage, proposant par exemple une exposition de toiles consacrées à la mémoire de l'esclavage du 12 février 2008 - 15 mars 2008, 11 rue Bonaparte, à la galerie Agnès Dutko.

Patrice-Flora Praxo est née le 24 novembre 1966 aux Abymes. Débarquée en 1976 aux Mureaux pour aider ses soeurs, elle est, en 1981, prise en charge par la DDASS. A 17 ans, elle entre à la Paris american academy, une école d'art, puis elle prépare le concours du conservatoire d'art dramatique avec Bakary Sangaré, mais y échoue deux fois. Elle commence alors une carrière d'actrice, puis devient photographe et se spécialise dans les portraits d'écrivains, de penseurs. Elle rencontre Yves Simon dont elle devient la compagne et la muse. Puis c'est la découverte de Zoran Music et son travail de peintre sur Dachau. Elle aussi peindra l'indicible.

Dans un entretien sur le site fxgpariscaraibe.com, intitulé « C'est complexe d'être Antillais », elle explique que les gens, sur ses toiles, sont « Des gens qui souffrent. Je me suis identifiée à ces gens. Les traversées sont loin, mais quelque chose est resté en nous. On ne parle pas beaucoup de l'esclavage, maintenant on commence à en parler et c'est tant mieux. C'est nous qui pouvons réparer notre souffrance... Les politiciens peuvent choisir des dates, mais la vérité est qu'ils ne sont pas investis. Ils font pour faire plaisir au peuple et je suis heureuse de savoir que les gens des Antilles aient choisi leur date car nous vivons avec ces traces. C'est complexe d'être Antillais. Ce sentiment de supériorité qui existe vis-à-vis des Africains me dérange car nous venons tous de l'Afrique et les Antillais, encore plus concernés, refusent cette part d'eux-mêmes. Nous devons nous soigner de cette souffrance et pour cela, il faudrait que les Antillais prennent leur part.

L'Afrique est présente dans ma vie depuis que je suis toute jeune. A 19 ans, j'étais une Africaine au cinéma dans mon premier film, Aziza de Niamkoko... L'Afrique est en moi mais quand je parlais de l'Afrique aux Antilles, c'était perçu comme un reniement des Antilles. Dans ma famille, on ne comprenait pas que je joue une Africaine... »

« Au début, les personnages étaient noirs puis je me suis dit que le blanc était moins effrayant dans la mémoire collective. Et en pensant aux êtres entassés dans les cales des navires négriers, je me suis dit qu'ils n'étaient que des contours. On leur avait enlevé le naturel, l'humanité. Il ne restait d'eux que l'enveloppe noire. A la fin 2006, j'ai été prise d'une hésitation devant mes toiles. Elles me pesaient... J'étais prête à lâcher. J'ai entendu Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau au salon du livre de l'Outre-mer. Dans leur dialogue, Edouard Glissant a dit : « Il faudrait une peinture réaliste pour montrer le gouffre... » Je savais. J'ai su qu'il fallait que je continue ces quatre années de travail. Aujourd'hui, ce travail est achevé et je ne veux plus revenir dessus mais je voudrais faire venir ces toiles aux Antilles"..."L'abstraction rend supportable l'horreur de cette promiscuité. Zoran Music a peint l'horreur de la déportation des Juifs, il a peint des tas, des tas de gens... Dans sa dernière toile, Fauteuil gris, il y a tout le travail qu'il a peint sur les camps, les tas de gens dehors. Ce fauteuil gris symbolise tout son travail sur la déportation et c'est l'abstraction qui montre l'horreur ».

Le communiqué de décembre 2007 de la Galerie Agnès Dutko évoque ainsi le travail de l'artiste pour l'exposition Traces : "En s'affrontant à la mémoire de ce terrible événement, avec toute la pudeur et la subtilité qui conviennent, Patrice-Flora Praxo vise moins à représenter l'insoutenable qu'à donner à voir et à ressentir le processus de déshumanisation qui affecte la figure humaine dès qu'elle se trouve privée de son essentielle dignité.

Comment la peinture, dont on sait qu'elle s'est toujours confrontée à l'énigme de la figure humaine, n'aurait-elle pas eu en l'occurrence voix au chapitre ? C'est ce qu'affirme Patrice-Flora Praxo, et c'est aussi ce qui explique le caractère quasi abstrait de sa peinture, qui entend montrer à quel point la nudité de la chair n'est jamais aussi absolue que quand elle est amenée à faire l'épreuve de l'anéantissement.

La barbarie qui aura transformé ses aïeux en spectres, Praxo la révèle alors, et la dénonce aussi, sans recourir au pathétique : seulement en arrachant l'effacement des traces à l'oubli qu'il engendre. La peinture pour conjurer la nuit, pour faire honte à la honte : voilà comment l'humanité des esclaves, cette humanité capable d'amour, de pardon, de solidarité, de courage et d'espérance, qui fut livrée à la folie des hommes et à l'inacceptable, Praxo a décidé de nous la faire ressentir en plein coeur.

Dans l'entretien avec le philosophe Paul Audi à paraître dans le catalogue de son exposition préfacé par Edouard Glissant, Praxo dit qu'elle a parfois l'impression d'avoir mille ans. Cette déclaration, on en mesure en effet le sens et la portée au regard du mélange de sagesse et de démesure qui caractérise cette importante série de tableaux"

Pour lire l'intégralité de l'interview du jeudi 21 février 2008 sur son exposition Traces et sa vision de l'esclavage :

http://www.fxgpariscaraibe.com/article-16903869.html



Voir un entretien filmé dans la galerie sur lartvu.com

Pour joindre la galerie Agnès Dutko et voir le dossier de l'exposition :
11 rue Bonaparte 75006 Paris
tel : + 33 (0)1 56 24 04 20
fax : + 33 (0)1 43 26 67 86
http://www.dutko.com/

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