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Gerty Dambury et la diversité

Gerty Dambury dans son bureau bibliothèque riche de tous les livres de son parcours @ karole gizolme 2008

Gerty Dambury, dramaturge et enseignante d'anglais dans un lycée professionnel, vit depuis près de 20 ans en France avec des retours en Guadeloupe ou des passages en Angleterre ou aux Etats-Unis. Quitter un lieu de vie quand elle y est installée depuis longtemps pour se réadapter à un autre, lui donne le sentiment d'être une étrangère permanente où qu'elle se trouve. Une étrangère qui cependant s'inscrit sans difficultés dans la société dans laquelle elle a dépose ses valises et n'a pas peur de dire ce qu'elle pense.

En 1974, Gerty arrive en France avec ses 14 ans et de la rage au coeur. Elle déteste ce pays. Avant même d'y avoir mis les pieds. La France c'était « les Blancs » et « la légion venue mater » en mai 1967 une insurrection de travailleurs des usines.

Ses soeurs et frères (elle en a 7) lui avaient rapidement bien expliqué de ne jamais dire  « métropole » pour parler de la France car pour eux « la France » et la Guadeloupe ne défendaient pas  les mêmes valeurs. Et en plus de ses raisons politiques,  à 14 ans, Gerty ne voulait pas quitter ses amies et surtout son petit ami pour qui des premiers soubresauts amoureux l'avaient titillée.

Pourtant, elle devait bien traverser l'océan pour aller rejoindre sa mère qui avait répondu à l'appel du Bumidom, programme d'aide au voyage pour les travailleurs des DOM vers Paris dans les années 60.  Gerty arrive renfrognée et déteste donc tout.

Particulièrement agressive, elle rend la vie impossible à ses professeurs (va jusqu'à s'enfermer dans les toilettes en piquant des crises de nerf) et a peur de tout, elle, seule antillaise de sa classe. Dehors, elle craint la foule, les agressions et a peur de se faire poignarder dans le métro - jusqu'à aujourd'hui elle n'a pas perdu le réflexe qui remonte à cette époque de paranoïa excessive de s'asseoir dans les voitures toujours dos à une paroi.

Ce cauchemar dure un an puis finit par se dissiper. Vers la fin de sa première année scolaire, ses camarades, qui ont fait preuve de patience, arrivent à l'amadouer en partageant avec elle son goût pour l'écriture. Dès lors, de grandes amitiés naissent dans ce lycée Jean-Jaurès de Montreuil. Gerty s'ouvre donc aux autres sans plus aucune crainte et découvre les débats politiques, les sorties au théâtre (elle se souvient avoir vu 1789 de Mnouchkine et du Théâtre du soleil avec son prof' dont elle se souvient encore : Pierre Bayard), les discussions avec les enseignants et les cafés. En particulier, «  Les trois marches » qui lui inspireront son poème  « Double Bord »  pour le spectacle « Rabordaille », qu'elle écrira quatorze ans plus tard.


Finalement, elle trouve qu'elle est  « bien accueillie » dans cette nouvelle vie et découvre d'autres facettes de la société française qui lui étaient inconnues. La jeune fille entend bien quelques préjugés comme  « les noirs sont ceci ou cela, ah mais toi c'est pas pareil .... ». Lors d'une sortie en Bretagne, elle sent tous les regards braqués sur elle quand sa famille d'accueil veut savoir si elle deviendra " grise" quand elle aura bronzée ! Gerty refuse alors d'aller se baigner et même de se mettre au soleil.. Elle se souvient de ses frères qui s'étaient battus avec un blanc qui les avaient insultés et avaient failli le faire passer sous le métro, avec des banquettes en bois à l'époque, se souvient elle.  Ou encore de sa soeur à Anthony qui avait reçu en pleine figure le poing d'une femme qui s'était jetée sur elle, sans raison apparente. Sa famille et elle interprètent ce geste comme du racisme car, à cette époque, fin des années 70, le racisme "se sentait au quotidien".  Nous étions à cran, ce quotidien nous rendait agressif, se souvient-elle, et les français "prenaient cela pour de la susceptibilité".

Mais finalement, ces incidents ne font que l'effleurer. Gerty a son ilôt de réconfort à elle que forment ses amies. Elles lisent ensemble Jacques Prévert, Roland Barthes Paul Eluard, André Breton dans les bars de Montreuil. Même si Gerty est douée en Lettres, elle ne veut pas aller faire du latin au lycée très côté de Fenelon.  Elle veut terminer vite ses études. Déjà affectivement attachée à Montreuil, elle choisit la faculté de Vincennes pour apprendre l'anglais avec option arabe " pour comprendre la langue de ceux qui se faisaint traiter de "voleurs, criminels et violeurs." Si l'arabe littéraire ne lui permet pas de converser dans la rue, elle comprend mieux la culture, découvre la spiritualité soufi, les poèmes mystiques de Hallaj et Ibn'Arabi, traduit en créole le prophète de Khalil Gibran. Ainsi Gerty pense avoir un temps d'avance pour comprendre les questions de société où aujourd'hui islam et laïcité s'affrontent. Gerty adopte des points de vue différents de ses collègues de Bobigny, elle a ou saisir  ce qui fonde historiquement les cultures islamiques, « quelles sont leurs attentes ». Un travail à faire pour que les jeunes maghrébins ne soient pas à la merci d'ignares de la spiritualité qui connaissent trois sourates, se déclarent imams et éditent des lois bien éloignées des valeurs de l'islam, conclue-t-elle.


Gerty, qui hier encore était allée manifester devant les grilles du centre de rétention de Vincennes pour ceux « qui n'ont pas commis d'autres crimes que de ne pas vouloir mourir de faim chez eux», sourit quand elle entend le mot « diversité », ce mot  « lanterne magique »  qui aurait le pouvoir de tout magnifier mais dont l'utilisation ne lui semble pas claire, "quel que soit le bord politique des gens." Car Gerty Dambury, dont la franchise des propos et des positions ont fait trembler plus d'un, adopte avec naturel une attitude avenante et ne manque pas d'humour. Toujours en alerte intellectuelle, Gerty a cultivé à son insu un air malicieux et une allure d'adolescente malgré ses cheveux blancs.

Scandant ses propos, soucieuse de ne pas donner une version trop sombre de sa vision du monde, Gerty, qui a vécu en Angleterre, aux Etats-Unis et s’est nourrie de rencontres enrichissantes, tient à donner une note positive sans pour autant rogner sur ses convictions. Tout en précisant qu'elle a confiance dans la jeunesse, qu'en dehors de quelques blagues sur les races, ils vivent ensemble, elle affirme que "la société se fera de toutes façons avec eux et ils n'ont pas l'intention de se laisser faire". Une attitude que Gerty a adoptée tout au long de son parcours de dramaturge et de prof d'anglais dans un lycée difficile de région parisienne.

Gerty Dambury :
"Trames",  texte de Gerty Dambury sur la relation mère-fils  mis en spectacle au Festival Fulgurance  en février 2008 , Théâtre de la Reine blanche, Paris, dans le 18°.

En savoir plus :
Portrait de Gerty Dambury par Gens de la Caraïbe, février 2007
Portrait de Gerty Dambury et liste de ses oeuvres, poèmes et textes pour le théâtre sur Ile en Ile , 2002.
Poème "Double Bord " pour le spectacle « Rabordaille», 1987

Liens ressources liés à l'article
:
www.halde.fr, organisme de lutte contre les discriminations, ouvert au public.
Discrimination : les solutions qui marchent , article primé au Journalist Award 2007 de Adeline Trégouët et Marie-Madeleine Péretié
CAPDIV Cercle d’Action pour la Promotion de la Diversité en France
Association régie par la loi 1901 qui traite de la diversité en général ainsi que de l’amélioration de la place et de la situation des Noirs en France.

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