« Outre-mer Outre-tombe » par Gilles Elie-Dit-Cosaque + extrait

Outre-mer Outre-tombe © G. Elie-Dit-Cosaque

Outre-mer Outre-tombe est un film documentaire de Gilles Elie-Dit-Cosaque (52') réalisé en 2005 et 2006. A travers un aspect de la vie quotidienne, la mort et en particulier le rite des funérailles, Outre-mer Outre-tombe rend compte des Antilles d'aujourd'hui, de leur évolution et de la transmission des savoirs entre générations avec un œil neuf, un peu de légèreté et d'humour même s'il s'agit d'un sujet grave. Le ton et le style d'Outre-mer Outre-tombe colle, à la manière dont la mort est vécue aux Antilles… Un mélange, de sérieux, de mystique, de choses plus triviales et de la couleur. L'organisation du film est linéaire comme une procession… Retrouvez ici le récit de la conception de ce documentaire par Gilles Elie-Dit-Cosaque.




Le point de départ d'Outre-Mer Outre-tombe découle quasiment d'un de mes premiers souvenirs en liaison avec la mort.

    Je devais avoir 7 ou 8 ans, en vacances aux Antilles.
Le parent d'une tante par alliance venait de décéder. C'était une affaire de grands… Sans leurs enfants, mes parents se rendaient à la veillée précédant l'enterrement. Ils nous montrèrent juste la maison où cela se passait. Je me souviens d'un lieu illuminé et, je crois bien d'une ambiance joyeuse…
Cela m'avait choqué moi, qui ayant eu une enfance "métropolitaine", étais déjà pétri du rapport à la mort "occidental".
La mort, un enterrement se devait être un moment de tristesse, de recueillement, de non-couleur…

    J'ai accumulé par la suite nombre de souvenirs autour de cet événement qui, continuant à être en contradiction avec l'image de la mort que je m'étais faite, m'ont montré toute la place que celle-ci, du moins le cérémonial autour de celle-ci, avait aux Antilles.
Là-bas, mes séjours étaient quotidiennement ponctués par un arrêt de vie. Autour de 13h, ma grand-mère exigeait un silence religieux pour écouter les avis d'obsèques à la radio… Cette litanie de noms et de surnoms… Ces phrases rituelles, "familles, amis et alliés…"

Ces défilés d'élégances, derrière le corbillard…

Cet oncle, taxi le matin, croquemort l'après-midi… qui, au milieu d'un enterrement, nous klaxonnait joyeusement.
Ces cimetières carrelés comme des salles de bains… noir, blanc, bleu, rose…
Ce cimetière jouxtant une plage ou les touristes viennent se baigner.

Cette frénésie, de dorures, de fleurs artificielles, de nettoyage, au moment de la Toussaint.

C'est l'attitude devant la mort, la création des rites funéraires qui selon nombres de paléontologues a réellement marqué l'entrée de l'animal "homme" dans l'humanité. Ces rites et leur évolution ont de tout temps été extrêmement révélateurs des sociétés, de leur histoire, de leur culture.

Aux Antilles la mort s'inscrit un peu plus qu'en métropole dans le processus de la vie. Cet événement y est vécu d'une manière un peu moins compassée et cachée. Les traditions d'accompagnements du défunt, multiples messes et veillées, y ont encore une forte importance. Elles sont un des maillons forts unissant le tissu social.
 

Hormis la plus proche famille, on peut considérer que pour la moitié des personnes qui y assistent il ne s'agit pas seulement de témoigner de son soutien à la famille mais aussi de marquer sa propre place dans cette microsociété. Il est question de bienséance, de convenance, de standing, même si le lien avec le défunt est on ne peut plus ténu… (Le cousin par alliance d'un collègue de bureau ?).
Se rendre à la veillée, à l'enterrement, est à la limite de l'obligation sociale.

    À la veillée, l'ambiance n'est pas qu'au recueillement. Il y a bien sûr des "professionnels" ("professionnelles" est plus juste) de la prière et des chants religieux, mais aussi des conteurs pour animer (à l'extérieur) la soirée. Des jeux étaient même parfois organisés.
Une veillée c'est également une réception qui se doit d'être à la hauteur du mort.

Sur ces rites empreints d'un catholicisme traditionnel viennent se greffer traditions et un bon nombre de superstitions.
Ces trois éléments se mélangent, parfois se télescopent, pour aboutir à des résultats qui, pour peu qu'on prenne du recul, peuvent aussi prêter à sourire.
Veillées, enterrements etc, obéissent à des codes, des lois non écrites que l'on se doit de respecter.
Comme par exemple :
- Nul ne doit nettoyer la maison avant que le défunt ne l'ait quitté.
- On doit récupérer la cire des bougies qui ont veillé sur le défunt, ces mêmes bougies qui n'ont pas été manipulées par n'importe qui.
- Tous les miroirs doivent être recouvert d'un drap blanc, etc.…

Toutes ces traditions disparaissent, effacées devant le pragmatisme de la vie d'aujourd'hui aux Antilles. Les liens entre familles, voisins se distendent. Les veillées ne se font plus guère chez les défunts mais à la morgue. Non seulement parce qu'il y a une chambre froide, ce qui laisse plus de temps aux familles dispersées en métropole ou ailleurs de rendre hommage au défunt, mais aussi parce que cela demande moins de travail et d'implication. Là où les veillées pouvaient durer toute la nuit, elles sont maintenant calibrées de 18h à 22h. De plus, on assiste au développement de nouveaux rites, comme la crémation.

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Lire la critique de Wilfrid Louis-Régis

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