Portrait du mois : Valérie Louri, danseuse, auteur-compositeur-interprète - Martinique

Valérie LouriLauréate de l'émission 9 semaines et un jour en 2006, invitée au dernier Festival Francofolies de la Rochelle, présélectionnée pour représenter la France à l'Eurovision 2007, le futur semble désormais se dessiner sous de biens beaux auspices pour Valérie Louri. Sans compter que la jeune foyalaise vient de remporter le prix Succès de l'année remis par la SACEM Martinique pour Bay Lanmen1, chanson issue de son premier opus personnel qui porte le même nom. Retour sur le parcours d'une artiste qui pourrait faire sien l'adage « à coeur vaillant, rien d'impossible ». Née à Fort de France dans le milieu des années 70, Valérie Louri grandit bercée au son de la musique latine dont son père est féru : « il écoutait beaucoup de musique et il y avait toujours un instrument qui trainait quelque part » se souvient-elle mais à cette époque c'est également la danse qui fait vibrer la jeune fille. Pourtant quelques années plus tard, Valérie se tourne vers un BTS de tourisme, parce qu'elle aime les langues étrangères et le contact humain, mais aussi et surtout pour rassurer son père qui ne voit dans la passion de sa fille ainée qu'un « caprice passager ».
Son BTS en poche, elle entre dans la vie active en tant que standardiste à l'hôtel de la Batelière (Schoelcher) mais lorsqu'on lui propose un CDI, Valérie préfère « fuir ». Son père l'incite alors à s'inscrire en faculté de droit. Mais rien n'y fait, la jeune foyalaise veut danser. Après trois mois sur les bancs de la fac et une vive discussion avec son père, elle partira à New-York, avec un billet d'avion payé précisément... par ce dernier ! Là-bas, elle suit un programme indépendant dans la prestigieuse école d'Alvin Ailey. Une formation très stricte qu'elle complète par la suite au Broadway Dance Center et qui va lui permettre d'acquérir toutes les techniques chorégraphiques contemporaines.

De retour dans son île natale, Valérie Louri, qui a alors 23 ans, s'inscrit à L'IFAS (Institut de formation aux arts du spectacle) où elle suit une formation pluridisciplinaire axée sur les musiques et danses traditionnelles des campagnes : « Je me suis aperçue lorsque j'étais à New-York que je ne connaissais pas les danses traditionnelles de mon pays alors que les autres élèves que je côtoyais me parlaient des leurs... Le bèlè plus particulièrement a constitué une réelle découverte pour moi. Je me suis dit voilà quelque chose qui nous appartient, et qui ne vient pas de l'extérieur » et de renchérir « il y avait là quelque chose à exploiter tant au niveau de la danse que de la musique ». C'est à ce moment là d'ailleurs que la jeune femme prend conscience que la danse et le chant sont pour elle indissociables et que son équilibre intérieur se trouve à la croisée de ces deux disciplines artistiques.
En 1999, Hervé Martin, un de ses camarades de cours et surtout bassiste au sein du groupe Bélya2, lui proposera de rejoindre sa formation musicale. Elle y fera ses premières armes en tant que chanteuse et participera à l'album Fondok (2002) où elle se fait notamment remarquer sur le titre Yich madinina. Une aventure qui va lui permettre par la suite de se produire en solo sur diverses scènes musicales. Eric Andrieu, l'actuel manager de Kali, la repère tandis qu'Eric Virgal lui proposera de participer à l'hommage rendu à Edith Lefel lors du Chant des sirènes (2003). Une prestation qui lui vaudra également d'être remarquée par Jean-Michel Mauriello, producteur du label Hibiscus Records.
Le rythme est soutenu, l'artiste jongle entre ses différentes obligations musicales (elle ne quittera le groupe Bélya qu'en 2003) et la formation qu'elle suit en Guadeloupe pour devenir professeur de modern jazz grâce à une bourse attribuée par le Conseil Régional. Mais fin 2003, encouragée par son entourage, la jeune femme fait le choix de tenter sa chance dans l'hexagone : « Un voyage pour me jauger par rapport à d'autres mais surtout pour voir si je pouvais vivre de l'art et en faire mon métier ». A Paris, elle s'inscrit au Centre des Arts Vivants (Choréia) tout en passant diverses auditions. L'attente sera de courte durée puisqu'au bout de trois mois, Valérie Louri est retenue pour le spectacle qui se joue à Disneyland Paris, La légende du roi Lion : « J'en garde un excellent souvenir même si on a beaucoup souffert ! ». En effet, deux saisons durant la danseuse jouera pour cette super production 5 fois par jour et 5 jours par semaine devant des salles combles tout en poursuivant la formation initiée préalablement en Guadeloupe. Un rythme infernal mais la jeune femme a de l'énergie à revendre. Pour preuve, à partir d'octobre 2005, elle travaille déjà sur son premier album solo, Bay Lanmen, cocktail made in Caraïbe où elle remet au goût du jour le patrimoine ancestral de la Martinique et dont Marc Elmira, bassiste reconnu qui a travaillé avec de grands noms de la musique (Eugène Mona, Dédé Saint-Prix...) produit et compose la majorité des titres. Avec Bay Lanmen, la chanteuse entend défendre des valeurs culturelles d'hier dans une approche culturelle actuelle et moderne. Aussi, si l'ancrage de l'album se veut centré autour du bèlè et de ses fameux tambours, d'autres influences, notamment cubaines, sont perceptibles.
En mars 2007, les prix vont pleuvoir : prix Sacem Martinique Succès de l'année, prix du Compositeur pour Marc Elmira et enfin révélation « Air Caraïbes ».
Valérie, la créatrice, chante son île, établit des passerelles culturelles, dénonce les maux d'aujourd'hui, invite à l'entraide quotidienne mais attention, il n'est pas question pour autant de se définir comme une chanteuse engagée : « Un artiste a aussi pour rôle de faire rêver, de permettre de s'évader du quotidien (...) Ce qui m'anime ? Chanter mon pays avec force et sincérité ». Et c'est peut-être cette sincérité, cette force intérieure qui conquiert chaque fois un public de plus en plus large car depuis, tout s'est accéléré pour Valérie Louri : lauréate de l'émission 9 semaines et un jour en juin dernier, elle a chaleureusement été accueillie aux Francofolies 2006 de la Rochelle par un public qui a repris, en créole, certains de ses titres. Elle nous confie aussi que lorsqu'on lui a proposé de participer au concours de l'Eurovision 2007, elle en est « tombée des nues ». Cela sera l'occasion d'une belle rencontre avec Marco Prince que l'on connaît notamment pour avoir été le leader du groupe FFF dans les années 90 et qui signera pour elle, spécialement pour le concours, le titre Besoin d'Ailleurs. Sur les 10 candidats présélectionnés, elle arrivera en quatrième position.

Aujourd'hui, sollicitée de toute part, Valérie Louri croise les doigts pour que sa carrière musicale se poursuive. La marche est enclenchée, la chanteuse plutôt overbookée. Ainsi on pourra la voir dès le 17 mai au Festival Créoles Blues du Moule (Guadeloupe), le 22 à Rivière-Pilote (Martinique) suivi le 26 mai d'un passage au Roots & Culture Festival de Miami, avant un retour sur
Paris le 15 juin où elle donnera rendez-vous à son public hexagonal, et ceux désireux de la découvrir, à la Chapelle des Lombards.
Qui sait, Valérie Louri est peut-être en passe de devenir une des nouvelles figures emblématiques du monde musical de la Martinique et peut-être au-delà...

1. Hibiscus Records, 2006
2.Troupe de musiciens et danseurs dont l'objectif est la préservation, la revalorisation et le développement d'un pan du patrimoine musical et chorégraphique martiniquais.
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