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Maryse Condé, écrivain - Guadeloupe

Maryse Condé © K. Gizolme 2004Ce mois-ci, Gens de la Caraïbe choisit de rendre hommage à Maryse Condé.
Retour, à la veille de ses soixante dix ans, sur le parcours d'un écrivain reconnu, auteur notamment de nombreux ouvrages relatifs à l'Afrique, à la créolité et à la question de l'identité noire. Cadette d'une famille de huit enfants, Maryse Condé est née à Pointe-à-Pitre en 1937. Fillette sombre et solitaire, comme elle se décrira elle-même, elle suit des études secondaires dans son île natale avant de s'inscrire au Lycée Fénelon à Paris (1953).
C'est à cette époque qu'elle va prendre conscience de la couleur de sa peau. Une question qui ne s'était jamais posée auparavant : « J'ai découvert que je n'étais pas noire par hasard ». Un constat qui la pousse à se rapprocher du continent noir au travers duquel elle pense « découvrir la signification et l'importance de cette différence ».
L'occasion lui est donnée, lorsqu'en 1959, inscrite alors en Lettres classiques à la Sorbonne, elle épouse le comédien guinéen Mamadou Condé (1) qu'elle suit en Afrique. En Côte d'Ivoire tout d'abord puis en Guinée Conakry. Là-bas, Maryse entame une carrière dans l'enseignement mais très vite, la jeune femme réalise que la traite négrière ne constitue pas la seule séparation entre antillais et africains et que la culture joue un rôle primordial : « Je ne parlais pas la même langue que les Guinéens. Nous ne mangions pas les mêmes plats [...] Nous ne nous habillions pas de la même façon, nous n'aimions pas la même musique, nous ne partagions pas la même religion. Au bout de quelques mois, je me suis sentie terriblement isolée. Je ne pouvais même plus communiquer avec mon mari ». Elle continuera pourtant à séjourner en Afrique avec ses quatre enfants, notamment au Ghana et au Sénégal. Des années qui constitueront par la suite une formidable source d'inspiration pour nourrir son oeuvre romanesque.
Ce n'est qu'une fois de retour à Paris, en 1972, qu'elle commence à écrire. Dieu nous l'a donné, inspirée des réalités antillaises et Mort d'Oléwumi d'Ajumako, qui évoque la situation politique de nombreux pays africains, seront ses premières pièces de théâtre.
En 1982, divorcée de son premier mari, elle épouse le britannique Richard Philcox - qui a d'ailleurs traduit bon nombre de ses ouvrages - et écrit deux romans inspirés de ses expériences dans les pays africains indépendants : Hérémakhonon (1976) et Une saison à Rihata (1981) dont l'originalité est sans doute de remettre en cause les mythes inspirés de la négritude.
Cependant, c'est avec son troisième ouvrage que s'ouvrent pour elle les portes de la notoriété : Ségou, roman en deux volumes (Les Murailles de terre, 1984, et La Terre en miettes, 1985) franchit, selon les termes de la revue Notre librairie « les barrières inaccessibles jusqu'alors aux auteurs caribéens ou africains du succès commercial ». Cette fresque, relatant l'histoire d'une famille partagée entre islam et traditions sur fond de grandeur et de décadence du royaume Bambara, sera traduite en douze langues.
Après quelques années à Paris et un retour en Guadeloupe, Maryse Condé est invitée à enseigner la littérature aux Etats-Unis (1985). Elle y fonde le Centre des études françaises et francophones de l'université de Columbia pour que les antillais francophones puissent disposer d'un espace où parler d'eux-mêmes et de leur travail : « Les antillais anglophones ou hispanophones sont reconnus à New York, mais on ignore largement les francophones. C'est comme si nous n'existions pas. (...) A Columbia, au moins, on sait désormais qu'Aimé Césaire n'est pas le seul écrivain antillais francophone. »

Parallèlement, Maryse poursuit sa carrière de romancière et reçoit de nombreux prix : le grand prix littéraire de la Femme (1986) pour Tituba, sorcière, le prix Anaïs-Ségalas de l'Académie française (1988) pour La Vie scélérate, le prix Carbet de la Caraïbe (1997) pour Desirada ou encore le prix Marguerite-Yourcenar (1999) pour Le coeur à rire et à pleurer. Elle sera, aussi, la première femme à recevoir le prix Putterbaugh en 1993, récompensant l'ensemble de son oeuvre et décerné aux Etats-Unis à un écrivain de langue française.

Ecrivain, enseignante, administratrice mais aussi militante littéraire, elle crée quelques années plus tard le Prix des Amériques insulaires et de la Guyane (2) (2000) avec Amédée Huyghues Despointes et organise de nombreux colloques où il est question de littérature antillaise. Précisons qu’elle est l'auteur d'anthologies telles que La Poésie antillaise (1977), Penser la créolité (1995), ou encore l'Héritage de Caliban (1992).
Lorsqu'on lui demande si il existe une littérature antillaise, elle se refuse néanmoins à la définir : « elle est trop complexe, trop plurielle, trop changeante pour s'épuiser dans une étroite définition. » dit-elle.

Depuis janvier 2004, cette femme engagée préside le Comité pour la Mémoire de l'Esclavage créé pour l'application de la loi Taubira, qui a reconnu en 2001 la traite et l'esclavage comme crime contre l'Humanité. C'est d'ailleurs sur sa proposition que le président Jacques Chirac a fixé au 10 mai la Journée de commémoration de l'esclavage célébrée pour la première fois en 2006.

Aujourd'hui, Maryse Condé partage sa vie entre les Etats-Unis et la Guadeloupe où nous pourrons la croiser dans quelques jours pour la mise en scène de sa pièce Comme deux frères. En attendant, vous pouvez vous procurer, si ce n’est déjà fait, son dernier roman Victoire, les saveurs et les mots (Ed. Mercure de France), paru en avril 2006.


1. Acteur qui tient le rôle d'Archibald dans la pièce de Genet, Les Nègres.
2. Prix qui récompense le meilleur ouvrage littéraire antillais, quelle qu'en soit la langue.
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