Vu : En allant à St-Ives -Théâtre du Marigny - Par Gerty Dambury, dramaturge

En allant...Le temps se rafraîchit déjà après cet été indien. Si frais, sec et venteux qu'on en frissonne, et la petite salle du Théâtre Marigny, malgré un accueil guindé, réchauffe vite les corps transis.
Salle traditionnelle, fauteuils rouges, rideau de velours rouge, on se sent à l'abri du froid inattendu sous le ciel bleu. Le rideau s'ouvre sur un petit salon : du blanc, du gris, du bleu ; une fenêtre en fond de scène, à peine voilée par un fragile rideau blanc. Nous sommes chez Cora Cage (Béatrice Agenin).
Dans cet espace cosy, image arrêtée d'un salon anglais, entre une femme africaine, Mary N'Kame (Yane Mareine), et le contraste est saisissant : le faste et les couleurs de son costume, la distance qu'il impose, la rigidité qu'il confère au corps de l'actrice, à son jeu même sont éloignés de l'attente que peut faire naître en nous la simple vue de ce salon anglais tellement traditionnel. On s'attendrait à un échange teinté d'ironie, d'un peu de badinage peut-être, dans un décor comme celui-ci. Mais non, l'énergie de Madame N'Kame, le rappel incessant de son rang, - elle est la mère d'un Empereur Africain -, l'autorité, voire l'autoritarisme dont elle fait preuve, ouvrent la porte à une autre parole, à un conflit immédiatement donné entre ces deux femmes que tout semble séparer. A priori, elles n'auraient qu'une relation de médecin à patiente…très spéciale.

 


Le Docteur Cora Cage est fragile : la mort de son fils, tué accidentellement par balles dans un quartier mal famé d'une ville américaine, l'a rendue fragile.
Madame N'Kamé est dure, intraitable forçant Mrs Cage à évoquer ce fils disparu.

Cependant, les deux femmes, aux personnalités très contrastées ont un point commun : l'emprisonnement. Chacune est prisonnière d'une relation fusionnelle avec un fils qui lui a fait défaut.

Au-delà des problèmes politiques évoqués dans la pièce, comme en arrière-fond, l'essentiel repose sur cette question : comment se libérer, voire se débarrasser d'un enfant que l'on aime par-dessus tout ?

Un texte bouleversant, deux magnifiques comédiennes, une mise en scène aboutie et subtile, reposant sur les oppositions entre les comédiennes (tenue du corps, phrasé, projection de la voix), entre les lieux signifiant l'Europe et l'Afrique par les couleurs, par le rapport à la terre, et reposant aussi sur les renversements des rapports de force, des couleurs, des lumières, des musiques…

Une mise en scène sans tourments inutiles du spectateur. On demande aussi cela au théâtre.
Encore un mot : le chant interprété par la Guadeloupéenne Yane Mareine entre les deux parties de la pièce est bouleversant, et la manière dont il s'empare du corps de la chanteuse la place parmi les plus grandes interprètes du chant sacré, aux côtés de l'inoubliable Toto Bissainthe.

Courez-y.  Au théâtre Marigny, à Paris, maintenant !

 

Gerty Dambury



Plus d'infos, consulter les articles sur Yane Mareine dans Gens de la Caraïbe

Informations complémentaires :
Réductions pour les adhérents de GDC sur présentation de leur carte d'adhérent
Lire le synopsis de la pièce en ligne sur notre site
La pièce sera jouée jusqu'en décembre (sous réserve de modification)
Tarifs : 32 €, 27 € et 17 €
(frais location : 3 €/ place)
Location Marigny : 01 53 96 70 20
FNAC : 0 892 68 36 22 (0,34 €/m)

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