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Artiste du mois - Jenny Alpha, comédienne - Paris/Martinique

J.AlphaEn 2006, l'équipe de Gens de la Caraïbe tenait à saluer une des figures emblématiques du monde antillais, Jenny Alpha qui fêtait ses 96 ans le 22 avril.

Optimisme, persévérance, souffrance, désillusion, passion, courage, un condensé d'émotions qui témoigne d'un vécu intense pour celle qui, encore aujourd'hui, affiche un dynamisme à toute épreuve. Comme si les coups durs de la vie n'avaient eu finalement que peu d'emprise sur elle.
Lorsqu'on lui demande quel est son secret, Jenny Alpha évoque la configuration céleste le soir de sa naissance : "ce jour-là, la comète Halley a balayé le ciel... un signe..." raconte-t-elle à l'envi. Peut-être, mais c'est probablement l'amour de la vie et la confiance en l'être humain qui semblent lui avoir insufflé la force d'aller de l'avant, ce désir de ne jamais tomber dans l'abîme du renoncement.

Née en 1910 au sein d'une famille bourgeoise, Jenny Alpha, découvre le théâtre à l'âge de 6 ans. Des créations venues pour la plupart de l'hexagone et qui dès lors marqueront son enfance et son regard sur le monde.
Quelques années plus tard, elle quitte sa Martinique natale et découvre le Paris des années 30, son foisonnement artistique et littéraire. Mais c'est aussi le Paris de la colonisation. Loin de ses origines, elle ressent le besoin d'entreprendre un retour aux racines, une démarche personnelle mais dans laquelle des auteurs comme Césaire, Senghor ou encore Damas vont jouer un rôle crucial et lui ouvrir d'autres horizons.
"Dans les années trente, l'antillais, l'ancien esclave était décérébré par la colonisation. A l'école, on lui apprenait que ses ancêtres étaient des Gaulois !" s'insurge-t-elle.

Longtemps rejetée par le milieu du théâtre parisien, Jenny Alpha se tourne alors vers le monde du music-hall. Elle chante dans diverses boites de jazz de la Rive Gauche et dirige même un orchestre "les Pirates du rythme" dans les années 50. Consciente de n'être parfois qu'un "amusement" pour le public métropolitain, Jenny ne se laisse pas décourager pour autant et s'accroche à son rêve, sa véritable passion qu'est le théâtre : "On nous apprenait Racine, Phèdre, Corneille, Molière mais nous n'avions pas le droit d'interpréter leurs pièces, je ne comprenais pas". Jenny a du caractère, elle se refuse à n'interpréter exclusivement que des rôles convenus pour une femme de couleur et pour l'époque même si, bien sûr, elle n'y échappe pas.

Il faudra attendre Les Nègres de Jean Genet, mis en scène par Roger Blin en 1960, - elle souffle alors ses 40 bougies ! - pour que la comédienne soit reconnue en tant que telle. D'autres metteurs en scène lui donnent alors sa chance : Jean Marie Serreau avec qui elle joue dans La Tragédie du roi Christophe d'Aimé Césaire, Bertold Brecht dans L'Exception et la règle mais aussi Daniel Mesguish avec qui elle collaborera pendant de longues années. En 1987, elle joue dans La Vielle Quimboiseuse et Le Majordome sous la direction de Julius-Amédée Laou qu'elle affectionne tout particulièrement.

La vie de Jenny c'est donc une succession de belles rencontres, professionnelles, intellectuelles mais avant tout humaines : le poète Noël Villard qui fut son mari 43 ans durant, Salvador Dali, Duke Ellington, Serge Gainsbourg... La liste est longue mais pour cette grande dame, chaque rencontre a son importance.

Depuis 2004, Jenny Alpha s'illustre dans la Cerisaie de Tchekhov (mise en scène par Jean-René Lemoine). La pièce a emmené ses comédiens en Haïti, en Guadeloupe, en Martinique après son lancement à Bobigny. Et elle tourne encore, nous "narguant" avec son air éternellement enjoué... Dire qu'elle fête son 96ème anniversaire dans quelques jours !

Bon anniversaire à vous Madame Alpha !

 

Lettre du 13 avril 2006

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