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2006 : archives manif.

La Forêt des Mânes ou le rêve de Léa - par Michèle Montantin, auteur dramatique

M. MontantinLa foule rassemblée  se presse sur les quais, les esplanades, dans les jardins, se bouscule aux Musées.
Paris est plein comme un œuf et se réjouit de l’être.
Paris est vivant, Paris est aimé. Elle a la couleur de la jeunesse, la foule.
Elle a la couleur du Monde.
Elle est joyeuse la foule, malgré ses doutes et ses révoltes parfois.

Et voila que Léa l’invite à parcourir une allée au jardin du Luxembourg, une allée de bambous, une haute futaie  ponctuée de portraits d’hommes, de femmes et d’enfants dont nul ne sait le nom.

La foule de toutes religions,
ou sans religion,
de toutes communautés visibles ou invisibles,
se presse sous  l’arche de bambou.
Elle marche la foule, tête levée à la rencontre des visages suspendus, cherchant du regard leurs yeux.
Au -delà de la flèche des bambous, elle est aspirée la foule vers le très haut ciel, au dessus du jardin du Luxembourg.

La foule d’ici et d’ailleurs chemine d’Est en Ouest suivant la course du soleil, vers le grand bassin, interroge le rythme de son passage, et même sans souvenirs, se souvient de ceux, de celles, d’eux tous qui sont venus avant elle, qui l’ont portée, qui l’ont créée, d’où ils sont descendus aussi certain que l’homme descend d’Adam et la femme d’Eve.

Chacun a droit à des ancêtres,
même déportés, encalés, oubliés,
même non répertoriés,
sans arbre généalogique,
sans biens de famille,
sans souvenir d’une nation,
même si certains ont pu croire n’en n’avoir  point, convoyés, dispersés, dénaturés, désidentifiés qu’ils furent,
à jamais sans visage, sans voix, sans nom,  sans histoire, sans totem, sans souvenance ni appartenance.

 

Si bien qu’il a fallu tout réinventer, une culture, un pays, un territoire, une humanité…

Alors même sans souvenir,
Elle  se souvient,
Même sans livre d’histoire,
Elle  se souvient,
Même sans arbre généalogique,
Elle  se souvient,
Même sans papier d’identité,
Elle  se souvient,
Elle sait à qui elle appartient,
Noire, Blanche, Jaune, d’Orient, et d’Occident et du Milieu du Monde et tout ça en même temps.

Les Mânes des Ancêtres se sont rassemblés, attirés par les hautes perches de bambous,
les Mânes de tous les Ancêtres,
de toutes les Nations,
espérant dans la foule la naissance d’un Monde renouvelé,
un monde sans les frontières des races, des castes, des sexes, des religions,
un Monde en route pour une alliance de l’humain avec l’humain,
un Monde en marche né de la douleur, de la négation et de l’oubli,
malgré la douleur, la négation et l’oubli.
un monde apaisé que les Mânes accompagnent
d’Est en Ouest
du soleil levant au soleil couchant

Michèle MONTANTIN
Auteur dramatique

Tambour Montplaisir le 16 avril 2006
 

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