Edito : De la colonisation positive…

Valérie BaranCette année 2006, quatre-vingts auteurs, acteurs, danseurs, poètes, vidéastes, musiciens, metteurs en scène, cinéastes nous proposent un tour du Monde francophone. Ils arrivent de Madagascar, du Liban, d’Haïti, de Belgique, du Congo, du Québec ou du Vietnam. L’une a quitté son Sénégal natal il y a 7 ans, l’autre a fui Brazzaville et s’est réfugié aux Etats-Unis faute d’être accueilli en France, une troisième est à Hanoï, dans l’exil intérieur d’une résidence surveillée.

De Paris, du 93, de France, d’Europe, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie ou de l’Océan Indien, ils forment, tous ensemble, un petit peuple migrateur, colonisateur du TARMAC de la Villette.

Cette « colonisation-là » nous la désirons tous ô combien et lui reconnaissons en particulier des valeurs humanistes. Elle dénonce la guerre, la bêtise et la fatuité. Elle condamne le racisme, le sexisme et l’idéologie unique. Elle proscrit l’expansionnisme économique, le prosélytisme et le négationnisme. Elle se souvient des souffrances, des humiliations et de siècles de droits de l’homme bafoués. Elle respecte l’histoire. Elle s’insurge. Et rejette viscéralement l’idée même d’une colonisation positive.

Ils sont avant tout et surtout artistes. Ils inventent d’autres espaces. Ils se disent avec des mots sortis du fin fond de leurs douleurs intimes, ils parodient la guerre, travestissent la scène en champ de foot et terrain de bataille, ils jouent du grotesque et de l’absurde, ils rappent et jazzent leurs fièvres, leurs rires et leurs colères.

Grâce à l’ensemencement de ces artistes, femmes et hommes venus des quatre coins de la planète francofffonies!, le TARMAC contribue à bâtir le socle d’une société éveillée, vigilante et responsable.

Valérie Baran, Directrice du Tarmac de la Villette 
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