On a lu

Bord de canalBord de canal, Alfred Alexandre - Editions Dapper, décembre 2004, 188 pages, 13 €. L’enfer sur terre - Bord de canal est une agréable surprise. Dans une langue simple, précise et dure, un univers des plus glauques, Alfred Alexandre nous raconte l’histoire d’un lieu en périphérie de la ville de Fort-de-France : le canal Levassor. Le canal grouille d’habitants, c’est le refuge de tous les rebus de la société : immigrés, criminels, désespérés, tous survivent, trafiquent, tuent. On arrive au canal mais on n'en part jamais. C’est le lieu des illusions perdues, l’enfer sur terre.

Francis, Jimmy et le narrateur y vivent ou plutôt y végètent, stagnent comme des cancrelats sans qu’on n'en connaisse précisément la raison. Ce sont les caïds du canal, ils s’en prennent aux plus faibles qu’ils terrorisent pour le compte de Pépi. Dans cette exploitation de la misère humaine, il y a de vaines tentatives pour s’extirper du marasme : Clara, Valérie, Petit mari, quelques-uns essayent. Mais comme s’ils étaient marqués au fer rouge, ils se font très vite rattraper par les habitants du canal, par le canal. Celui-ci est omniprésent, il exerce sa sombre influence. L’autre vie y fait de brèves incursions, lorsque les foyalais viennent s’encanailler ou quand les politiques s’intéressent aux habitants pendant les élections. Mais l’univers est clos, l’air est vicié, aucune issue n’est possible, ni aucune alternative, c’est décidément l’enfer sur terre où tous les personnages sont piégés.

Bord de canal est un signe que la littérature antillaise peut se renouveler, se dépasser : ce premier livre d’un auteur totalement inconnu évoque le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, et le dépasse. Ce sont surtout les rapports compliqués entre les êtres, l’absence de communication, l’animalité refoulée qui réapparaît en l’absence de socialisation, qui sont abordés. Le constat est des plus pessimistes mais la perspective est encourageante. À découvrir et à suivre.
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