Saison 2004/2005

Elle a laissé au détour d’un virage cette réalité qui se voulait visible pour en réinventer une autre, dans laquelle des corps d’hommes «domadores» emplissent l’espace pictural de ses toiles. Rocio, tout comme les Fauves (et ses oeuvres sont des fauves dans la forme comme dans le fond) a choisi cette
apparente liberté d’expression à travers l’utilisation de la couleur pure et de l’exagération du dessin et de la perspective. Dans la série Domadores, Rocio ne croit pas que la lumière puisse être reproduite dans la peinture mais, comme Matisse, elle se doit d’être représentée par la couleur. C’est ainsi qu’elle recherche des effets de couleur criards, voire choquants, qui créent une nouvelle intensité. Sa palette est composée de ce vert émeraude, de vermillon, d’un orange vif et de ce bleu si cher aux Fauves. Avec Rocio, c’est l’interaction de la couleur et de la forme. Des formes simplifiées, presque de l’ordre d’un seul geste spontané, qui traitent les figures et les objets au même niveau. Il n’y a pas de détails superflus dans l’oeuvre de Rocio : la place occupée par les figures humaines ou les objets, l’espace vide autour des éléments dans l’oeuvre, les proportions, tout joue son rôle. Rocio dépeint des hommes ayant des corps d’athlètes, des corps dénudés embués de désirs. Ces hommes aussi appelés « machos » ont tous des crânes rasés, symboles de l’uniformité. Des yeux en amande vert émeraude, un regard évasif qui se perd dans un coin du tableau qui ne peut être vu. Ce regard laisse par ailleurs une impression étrange. Un regard vide, peut-être envahi par des songes inexprimables.
Adossé à un mur de pierres violet, avalé par les lieux, « Domadores 14 » fume délicatement une cigarette. Un corps parfait avec un large torse et des cuisses épaisses, habillé d’un cache sexe en cuir, le regard pensif, l’homme attend quelque chose : une autre présence…Une table se trouve à sa droite sur laquelle repose des instruments indéfinissables : est-ce des instruments de torture ou de plaisir ? Tout ce que l’on sait, c’est que ce sont des instruments de l’interdit. L’homme semble être l’ombre de son ombre. Rocio met en lumière son personnage comme sur une scène de théâtre. C’est comme si tout s’arrêtait, la scène s’illumine et commence l’histoire. Toute l’oeuvre est d’une tonalité, de ce violet doux et en même temps angoissé, avec des lignes et des formes franches. Rocio utilise l’essentiel de la ligne et de la couleur pour atteindre son but : celui de nous plonger dans un monde qu’elle aurait merveilleusement partagé avec Stanley Kubrick.
Rocio Garcia et sa série « Domadores » n’est pas un Cuba qu’on attend mais le Cuba dont les périodes de crise semblent produire des artistes canalisant les anxiétés de leur temps dans leur travail …où les fantasmes font corps avec la réalité.

Johanna Auguiac-Célénice, mars 2005.

Galerie JM' Arts
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