Edito de George Pau-Langevin - Déléguée générale à l’Outre-mer auprès du Maire de Paris

Quel est le propos d’une exposition présentant des artistes de l’Atlantique ?

L’Atlantique, cet océan immense qui sépare autant qu’il les joint, la France hexagonale, les Caraïbes et l’Amérique du Nord où se niche Saint-Pierre-et-Miquelon, ne semble pas une unité de lieu satisfaisante. L’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon paraît, par son peuplement et son histoire singulière, bien éloigné de la Caraïbe. Pourtant, l’histoire et une même colonisation par des marins français, ont tissé des liens improbablesentre ces îles éparpillées dans l’océan, Saint-Pierre-et-Miquelon faisant partie de la même circonscription judiciaire que les Antilles et lui fournissant un élément de base pour son alimentation.

Quant à la Caraïbe, selon certains chercheurs, elle n’a pas davantage d’existence en tant qu’entité géopolitique car, morcelée entre trois puissances colonisatrices, s’y entrecroisent des langues, des statuts différents. On y trouve des états indépendants, des départements intégrés à l’Europe, des îles membres des États-Unis ou du Commonwealth. Le sentiment d’unité et de solidarité apparaît donc dans la Caraïbe relativement limité entre des hommes qui ne se connaissent guère, se fréquentent peu officiellement et ont souvent des intérêtséconomiques divergents.

Pourtant, l’actualité nous démontre tragiquement à travers la succession d’ouragans qui ont dévasté tant d’îles au même moment — la Grenade, la Guadeloupe, Haïti — que l’unité de climat ne s’attache pas au statut des îles. Par ailleurs, l’histoire a établi un parallèle saisissant entre des aventures coloniales différentes qui se sont toutes organisées autour du sucre et de la traite négrière. Les révoltes aussi se firent souvent écho comme ce fut le cas à la Guadeloupe et en Haïti au cours de la terrible année 1802. Enfin, la langue créole a créé un lien informel mais bien vivant.

Avec le déclin au XXe siècle de l’économie de plantations, les habitants de ces îles se sont tournés vers d’autres cieux pour assurer leur quotidien, et dans des conditions assez parallèles, se sont effectuées des migrations vers des grandes métropoles européennes ou américaines, ou entre les îles même.

C’est pourquoi il est significatif — à travers les œuvres de ces artistes qui vivent soit dans la Caraïbe, soit en Europe, voire aux États-Unis — de retrouver un certain nombre de questionnements, fondés sur les identitéscomposites, l’exil, la désillusion dans le rapport aux forces dominantes, qui sont présents chez la plupart d’entre eux. Ce fil conducteur est sans doute aussi caractéristique du regard que pose sur toutes ces œuvres, la commissaire de l’exposition, Madame Régine CUZIN.
Certes, ces artistes ou ces plasticiens ont acquis une réputation dans le monde artistique, en poursuivant une recherche esthétique personnelle, immergée dans leur temps. C’est leur démarche, la qualité de leur travail,utilisant les matériaux, les supports ou les méthodes d’aujourd’hui, plus que leur origine, qui nous intéressent.

Mais il était aussi important, en toute hypothèse, en rassemblant ces œuvres, de rappeler au public parisien que l’Outre-mer aujourd’hui — en art, en littérature, en sport ou dans d’autres domaines — ne se réduit pas à un quelconque régionalisme folklorique, mais qu’on y trouve des personnes de talent, dont le travail s’inscrit avec pertinence au sein des préoccupations contemporaines.  Le rayonnement de ces terres lointaines contribue ainsi au dynamisme de notre ville et de notre pays.

George Pau-Langevin - Déléguée générale à l’Outre-mer auprès du Maire de Paris.

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