Echec scolaire et exclusion sociale dues aux inadaptations scolaires. Sujet de thèse.

Cette thésarde concilie vie de famille, études universitaires et enseignement. Son pied dans la vie active lui permet de confronter tous les jours ses recherches au quotidien.

Quel a été ton parcours ?
Après un baccalauréat littéraire (Lycée Gerville Réache) à Basse – Terre, j’ai été normalienne (2 ans) à l’Ecole Normale de la Guadeloupe, puis institutrice à l’école maternelle pendant de nombreuses années.
Arrivée en Martinique dans les années 80, j’étais en poste à l’école maternelle annexe de l’école normale où quelques années plus tard, je passais l’examen me permettant d’être formateur des futurs maîtres. Dans les années 90, nous devinrent IUFM, et parallèlement au suivi de ma classe, j’assurai des cours d’enseignement général sur l’acquisition du langage chez les petits de 3 ans à leur entrée à l’école maternelle. C’est à ce moment que je me suis inscrite en licence des sciences de l’éducation, puis en maîtrise.
Ne pouvant accéder au 3ème cycle dans ma discipline, j’ai été admise sur dossier à m’inscrire en D.E.A Caraïbes, Amérique du Nord et latine option histoire et anthropologie de la Caraïbe.
J’ai obtenu mon D.E.A en juin 2003 et me suis inscrite en septembre 2003 en 1ère année de thèse en Langues et Cultures Régionales avec le laboratoire du GEREC.

Sur quoi travailles tu ?
Ma  thèse porte sur les représentations sociales de l’enfance en difficulté sociale et scolaire en Martinique et en Guadeloupe, facteur d’échec  scolaire, et d’exclusion sociale (1946 - 2001). Le thème de cette recherche n’a pas été choisi, il s’est imposé de lui même; je l’ai vécu avant de le penser. Il ne s’agit pas pour moi d’une orientation intellectuelle mais plutôt de la genèse d’une hypothèse ou ce qui  revient au même en l’occurrence, de l’histoire d’une expérience professionnelle. Enseignante à l’école maternelle et à l’école élémentaire puis formateur des futurs enseignants de l’école primaire, j’ai gardé un contact permanent avec les réalités de l’école. Tout au long de cette double expérience éducative, je n’ai pas cessé d’être frappée par une similitude : celle qui existe entre les enfants en difficulté à l’école, appartenant surtout aux milieux socio-économiques les plus défavorisés, et ceux que je retrouvais en dernière année à l’école élémentaire exclus du circuit scolaire normal et  dirigés vers des filières adaptées à leur retard scolaire. Similitude soulignée par le fait que chez nombre de scolaires en rupture de ban, on constate des comportements « pré-délinquantiels », et que chez les sujets pris en charge par le ministère de la  Justice, on retrouve l'inadaptation scolaire parmi les caractéristiques des enfances difficiles.
Ainsi j’ai constaté que si tous les inadaptés scolaires ne deviennent pas délinquants, que si tous les délinquants n’ont pas été des inadaptés scolaires, il n’en existe pas moins un nombre considérable de sujets marqués dans un premier temps par l’inadaptation sociale et scolaire puis par la délinquance et ses conséquences.
Progressivement, s’imposait à moi l’idée d’une dépendance probable entre ces deux phénomènes, l’intuition d’une certaine continuité évolutive au sein d’un processus unique. Restait évidemment à vérifier que mes impressions correspondaient bien à des faits, à rationaliser l’hypothèse et, si ces faits existaient à trouver la clé de leur explication.
Aujourd’hui, à ce stade de mon cheminement il me semble indispensable et nécessaire d’étudier les effets pervers, qu’entraîne l’échec scolaire : la marginalisation, la délinquance, l’exclusion, effets pervers liés selon moi à un certain nombre de représentations de l’école vis à vis de certaines populations scolaires.
Au commencement , “ces enfants là” sont dits en difficulté, inadaptés, à l’école ils sont déclarés en échec scolaire avant d’être dirigés vers des filières spécialisées et de devenir des exclus potentiels …
Je souhaiterai aujourd’hui poursuivre cette recherche en ciblant une population de personnes de 18 à 25 ans en Martinique et en Guadeloupe en rupture scolaire, déviante parfois délinquante. Il s’agira pour moi de retracer leur cursus scolaire de leur entrée à l’école jusqu’au moment de rupture, enquêter dans leurs établissements, interroger les enseignants. Je tâcherai de faire l’inventaire des représentations qu’ils ont du système scolaire, et de manière réflexive, je recueillerai les représentations que les enseignants ont de ces élèves.

Etait ce important pour toi  de reprendre les études ?
C’est pour moi la réalisation d’un rêve car j’ai toujours souhaité faire des études et cela n’a jamais été pour moi un sacrifice ni une obligation. Je me suis donnée les moyens de réaliser mon objectif. Cela m’a demandé une bonne organisation et la gestion de mon temps car assurer mon professionnel (la classe, la formation des maîtres), mes études universitaires, ma vie de famille, n’est pas chose facile.Mais, quand on veut on peut et je suis aujourd’hui épanouie dans ce que j’ai entrepris!

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