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Entretien avec Eskil Lam, un des trois fils de Wifredo, responsable de la promotion de ses œuvres

Eskil Lam

Gens de la Caraïbe : Qu’a apporté votre père dans la construction de votre personnalité ?
Eskil Lam : Comme tout fils d’artiste, j’ai essayé de faire quelque chose d’autre pour essayer de fuir son aura un peu étouffante. Je me suis donc très tôt intéressé aux mathématiques et j’ai fait une carrière de pilote de ligne, à l’opposé d’une carrière artistique. Quand il est décédé, j’étais aux Etats-Unis. Je suis revenu, fin des années 90 pour m’occuper de l’héritage qu’il nous a laissé, notamment les archives, et reprendre la défense de sa mémoire, la promotion de son œuvre. Aujourd’hui, j’organise des expositions et promeut son travail un peu partout dans le monde.

GDC : Quels sont les plaisirs et les peines de cette tâche ?
E.L. : Le plaisir est de me reconnecter avec une œuvre avec laquelle j’ai grandi. Elle était si proche que pour moi c’était tout à fait normal. Je ne l’ai jamais étudié, ni analysé, elle fait partie de mon vécu. Pour les difficultés, ce sont les usurpations qui sont faites, énormément de copies, de faux tableaux et de personnes qui essayent de profiter de l’œuvre de mon père qui sont très dérangeantes. A partir du moment où une œuvre atteint un certain prix, beaucoup de faussaires s’y intéressent aussi. Quand ma mère a commencé un catalogue raisonné pour recenser toutes ses œuvres, elle a découvert des pièces qui n’étaient pas de Wifredo. La meilleure manière de combattre les faux est de les faire saisir… Toute cette activité policière est désagréable mais nécessaire pour la défense de l’œuvre. J’interviens donc auprès des collectionneurs pour qu’ils vérifient l’authenticité d’un tableau avant de l’acheter et aussi auprès des organisateurs d’exposition.

GDC : Est-ce important pour vous de suivre les expositions, comme en Guadeloupe, par exemple ?
E.L. : L’important pour nous est de faire circuler ces œuvres. Quand monsieur Cadet-Petit est venu nous voir avec un projet, nous étions ravis de pouvoir l’aider de quelque manière que ce soit.

GDC : Où a été exposé Wifredo Lam dans la Caraïbe ?
E.L. : En 2002 en Martinique, à Santo Domingo l’année dernière, en Haïti en 1945, et évidemment à Cuba régulièrement.

GDC : Existe-t-il à vos yeux une différence de perception des œuvres de Lam entre le public caribéen et les autres ?
E.L. : Je pense que les gens de la Caraïbe, d’après ce que j’ai lu, je ne voudrais pas parler à leur place, ont une approche qui vient de l’intérieur, on a l’impression que Wifredo Lam est un enfant du pays et qu’il représente quelque chose de plus proche qu’une approche plus intellectuelle qui est faite en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon où s’est tenu la dernière grande exposition. J’espère que cette exposition en Guadeloupe permettra aux gens de la région de se familiariser avec l’œuvre de mon père car il n’y est connu que par un petit nombre de gens qui s’intéressent à l’histoire de l’art, sans plus. En quarante ans, il n’y a eu qu’une dizaine d’exposition dans la Caraïbe, ce n’est pas énorme.


Entretien : Karole Gizolme pour www.gensdelacaraibe.org - Paris, avril 2004.

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