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Entretien avec Pegguy Bonnet Vergara, doctorante en histoire de l’art.

Peggy Bonnet Vergara

Gens de la Caraïbe : Wifredo Lam a eu une vie amoureuse intense et passionnée. Il s’est marié à trois reprises, est-ce pour cette raison que l’image de la femme est si présente dans ses œuvres ?
Peggy Bonnet Vergara : On trouve beaucoup de femmes d’identités différentes, je ne peux pas m’avancer pour dire que cela vient de son vécu mais il est intéressant de savoir qu’il a été élevé dans un milieu majoritairement féminin, il avait énormément de sœurs, de tantes et le seul modèle masculin qu’il avait c’était le père qui était déjà assez âgé quand il est né. C’était un amoureux de la vie, je pense, un amoureux des femmes. Mais les femmes que l’on retrouve chez lui relève de la poésie et des mythes plutôt que des personnes précises. On trouve bien sûr au début des portraits des femmes qu’il a connues et aimées, mais après on les retrouve pour ce qu’elles représentent, comme la maternité, ou la femme-cheval, la femme associée à la lune, la femme intermédiaire qui fait le rite pour célébrer l’union entre l’Homme et dieu, lorsqu’elle est représentée avec des calebasses.

GDC : Quel est le point fondamental de votre étude des images de la femme chez Lam ?
P.B.V. : Je donne un aperçu des différentes entités féminines utilisées par Lam que l’on retrouve dans la tradition universelle de la culture de l’humanité. Cela part dans tous les sens, ce n’est pas fermé dans le sens où Wifredo aurait voulu représenter telle ou telle chose. Pour lui, une identité féminine est plusieurs choses à la fois,  à la fois mère, à la fois végétal, c’est tout le mélange, en célébration de la vitalité.

GDC : Vous avez vécu dans la Caraïbe, cela était-il nécessaire pour mener votre étude ?
P.B.V. : Mon mari est un peintre cubain, il m’a fait connaître Wifredo. Je me suis donc intéressée aux rites de la santeria, proche du vaudou pour comprendre les superstitions, croyances que l’on retrouve dans ses œuvres. Par exemple, la femme cheval, on dit dans la tradition, qu’une personne qui est possédée devient le cheval du possesseur, cheval de l’esprit ou du mort pour communiquer à travers lui. On trouve aussi beaucoup d’oiseaux dans l’œuvre de Lam qui représente la spiritualité de la personne dans la santeria. On retrouve beaucoup de ces images éparpillées, des images cubaines, amérindiennes, européennes, un mélange des cultures.

GDC : Qu’apporte votre travail en plus de ce qui a déjà été fait ?
P.B.V. : Des études ont déjà été faites sur des identités précises, comme la femme cheval chez Lam, mais je ne pense pas qu’un travail qui les regroupe toutes ait déjà été fait.


Entretien : Karole Gizolme pour www.gensdelacaraibe.org - Paris, avril 2004.

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