Recevoir nos informations

S'abonner

Inscription à la Lettre d'informations culturelles caribéenne « Ici et là-bas » mais à des listes concernant des créations/actualités culturelles par territoire
Hasta pronto! Adan an dòt soley

Jenny Alpha, marraine du FEM 2002 et 2004

Jenny AlphaLa talentueuse Jenny Alpha connaît bien L'Artchipel dont une salle porte son nom. Elle y a joué de nombreuses fois, et elle a été la marraine de la 3e édition du Festival Enfances du Monde, en 2002. Extraits d'un entretien avec Wilfrid Louis-Régis de Gens de la Caraïbe.

Gens de la Caraïbe : Vous avez été la marraine du Festival Enfances du Monde 2002. Avez-vous des enfants ?
Jenny Alpha : Je n’ai pas eu d’enfants et je n’ai pas élevé d’enfants. Avec le théâtre, j’ai rencontré de très jeunes comédiens que j’ai maternés. J’ai perdu mon premier époux prématurément. Mon deuxième mari avait déjà un fils. Je n’ai pas vraiment connu le désir de pouponner. Mais, comme je le disais, je n’ai ni regret, ni nostalgie. Je suis très attachée aux enfants. Mon père avait, comme l’écrit Tony Delsham, une  “fanm Dèwo”. Tous les dimanches, ma mère me donnait des vêtements et des sous pour mes demi-frères et demi-sœurs du dehors. J’ai toujours eu une sorte de tendresse, de pitié ou de trouble pour ces enfants sans père. Cette réalité sur la situation de ces enfants, je l’ai trouvée chez Delsham. Je lui tire mon chapeau. Aujourd’hui, je suis bien entourée. J’adore ma nièce Nicole Alpha. Je la considère comme ma fille. Et puis, j’ai les petits enfants de mon deuxième époux. Nous avons un grand lien d’affection.

GDC : Toutes vos interviews révèlent votre sérénité. Elle vous préserve de la passion suscitée par les préjudices raciaux, culturels et sexuels. Comment expliquer votre optimisme concernant l’absence des minorités appelée « visibles » dans les médias et en politique ?
J.A. : Les choses évoluent petit à petit. Je viens de jouer “ la Cerisaie ” de Tchekhov à Saintes et à la Rochelle. Les treize acteurs étaient de couleur. “ Le Cid ” a été joué récemment à Paris par un acteur jamaïcain. Peter Brooke n’a pas hésité à faire appel à un noir pour Hamlet et beaucoup se souviennent du succès de Denzel Washington dans l’adaptation hollywoodienne de “ Beaucoup de bruit pour rien ” (Shakespeare). Il y a beaucoup d’hommes et de femmes de couleur qui ont du talent et qui, surtout, savent se prendre en main (les comédiens Jean René Lemoine et Odile Pedro Léal ainsi que le jeune metteur en scène Benjamin Jules Roset par exemple). Ils finiront par s’imposer. Mon agent, Isabelle Poyatos (agence Atmosphère) le dit : l’ouverture pour les noirs est étroite mais elle s’élargit.
En effet, nous assistons, en France, mais depuis peu, à la confirmation de comédiens noirs (Pascal Légitimus, Firmine Richard…).

GDC : L’exemple américain permet-il d’espérer des acteurs, des metteurs en scène et des producteurs noirs en plus grand nombre ? L’évolution sera-t-elle ralentie par une spécificité française ?
J.A. : Le cinéma est une industrie. Le théâtre le devient. Il est certain qu’aux Etats-Unis, il y a beaucoup de noirs qui ont de l’argent à mettre dans ces domaines. En France, les Antillais ne sont pas très riches. Quand ils le sont, ils sponsorisent le football et le cyclisme pas le théâtre ou le cinéma. De même, quand je joue, je regarde la salle et je vois peu de couples de noirs. Ils préfèrent la musique et la danse. La question d’argent et d’intérêt pèse lourd sur l’évolution mais il y a aussi cette tendance française à la frilosité du changement, au conservatisme.

GDC : Quels conseils donnez-vous aux jeunes comédiens issus de l’immigration ?
J.A. : Quelle que soit la couleur de peau, être comédien est difficile. Les castings sont cruels pour les blancs aussi. Il ne faudrait pas que les noirs se disent qu’ils n’ont pas de travail à cause de leur couleur. Il ne faudra pas avoir peur de travailler davantage que les autres. La rigueur et la discipline sont des outils indispensables. Il faut conserver le respect du metteur en scène et de l’auteur mais aussi le respect des partenaires. Le talent et la chance feront l’avenir.

Wilfrid Louis-Régis


Photo : Jenny Alpha, dans son appartement du XVème parisien, 2004.

Share