Congrès Haïti 1804-2004 à l'Institut Ibéro-américain PK (Berlin), du 4 au 6 novembre 2004

L'Institut Ibéro-américain PK, la Société pour la recherche sur la Caraïbe et l'Ambassade de la République d'Haïti invitent à un congrès à l'occasion du 200ème anniversaire de la fondation de la République d'Haïti.

Haïti 1804-2004

du 4 au 6 novembre 2004
à l’Institut Ibéro-américain PK (Berlin)

 

Voir Les actes publiés en 2008


Le 1er janvier 2004 commémore les 200 ans de la naissance de la République d’Haïti – un évènement qui est lié de plusieurs façons avec l’histoire de l’Europe. Lorsqu’en 1791, en concordance avec la révolution française, les affranchis ainsi que les esclaves noirs de Saint-Domingue – la partie française de l’île Hispaniola – se soulevèrent, une guerre se déclencha dans laquelle diverses fractions luttèrent dans des alliances changeantes: les esclaves qui recherchaient simplement la liberté; les affranchis révoltés qui voulaient imposer les droits civiques garantis par la Révolution Française; des milices royalistes qui défendaient les intérêts des planteurs; les Anglais qui espéraient conquérir une nouvelle colonie à la faveur de ces troubles révolutionnaires; et enfin les Espagnols qui, eux, voyaient leur colonie voisine, Santo Domingo, menacée. Il a fallu attendre le dernier combat, provoqué par le rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802, pour que les forces rivales se réunissent et conduisent à l’indépendance de la «première république nègre» du monde, laquelle a inscrit la lutte contre l’esclavage dans sa première constitution. Haïti devenait ainsi le premier État «post-colonial» de l’Amérique Latine, un État à l’avant-garde des mouvements d’indépendance sur le continent sud-américain.

Au regard des innombrables créations d’États qui se sont succédées à travers le monde, cet évènement a été quelque peu oublié par les historiens. À l’époque, pourtant, la révolution haïtienne représentait un évènement inouï dont le caractère paradigmatique a été discuté par beaucoup de contemporains et dont les possibles conséquences ont provoqué chez d’autres de grandes inquiétudes. L’existence d’Haïti apparaissait à toutes les puissances coloniales de la région comme un danger qui menaçait la stabilité de toute la région. Mais elle touchait aussi, en ce siècle de la Raison et des Lumières, à des questions fondamentales et philosophiques: l’esclavage est-il, somme toute, compatible à la fois avec les droits de l’homme et les droits à la liberté dont les États modernes et esclavagistes de l’Europe du Nord ont porté l’étendard ?

Beaucoup d’écrivains européens parmi les plus importants du 19ème siècle – Kleist, Lamartine, Hugo – ont pris note de cette contradiction et de celles de la révolution même. Pour l’Europe et pour les intellectuels européens, il s’en est suivi une fascination pour la guerre et pour l’indépendance de Saint-Domingue, avant tout à cause de sa parenté avec la Révolution Française qui a lieu à peu près dans le même temps. La Caraïbe en général et Haïti en particulier étaient diversement liés avec le développement et l’établissement de la modernité européenne: la production sucrière dans le contexte de l’économie esclavagiste de plantation se présentait au 17ème siècle aussi bien par son organisation technologique que sociale comme une forme d’économie hautement «moderne» dans le sens mercantile et capitaliste. À Saint-Domingue, elle avait atteint son sommet. C’est ici, dans la «plus riche colonie du monde», qu’une nouvelle classe – propriétaires de flottes et commerçants des ports français de l’Atlantique – acquéraient l’argent qui servait à financer la Révolution. En même temps, la Révolution impliquait aussi pour ceux-ci la perte de cette source de richesse bourgeoise, ce qui, en retour, provoqua le «tournant napoléonien», le rétablissement de l’esclavage, la perte définitive de la colonie et enfin l’éclosion, dans le même temps, de formes très modernes d’une exploitation post-coloniale impérialiste.

Haïti devenait ainsi le premier exemple d’un pays du tiers-monde avant la lettre, d’un pays sous-développé, exposé sans protection aucune à toute agression et au pillage à une époque où l’impérialisme était prospère. Ceci débuta avec le contrat-bâillon par lequel le roi de France, forçant la main à Haïti en y dépêchant un bâteau de guerre, lia la reconnaissance de l’indépendance haïtienne à la concession de privilèges commerciaux et une obligation de dédommagement des planteurs. Haïti s’est ainsi appauvri et les tensions sociales grandissantes ont explosé en des guerres civiles provoquées par des marchands d’armes. Pour le reste du siècle, Haïti fut souvent la victime de la politique dite de la canonnière (y compris de la part du royaume allemand) jusqu’à ce que les États-Unis débarquent, en 1915, pour occuper le pays pendant 20 ans.

Toutefois, l’Haïti indépendant du 19ème siècle fut aussi la victime de ses propres contradictions idéologiques et conflits qu’il n’a pas réussi à surmonter. Dès sa formation, la société était divisée en deux fractions: celle des anciens esclaves qui n’auraient renoncé à aucun moyen pour conserver la liberté pour laquelle ils se sont battus; d’un autre côté celle des affranchis. Après l’indépendance, les luttes pour le partage du pouvoir ont eu pour conséquence l’appauvrissement du pays, tourmenté par des guerres civiles ruineuses et spolié par les grandes puissances.

Endettement, appauvrissement, crises sociales, la faiblesse des classes moyennes composant l’État, dictatures, interventions étrangères: aujourd’hui les problèmes d’Haïti se distinguent peu de ceux des autres pays sous-développés. Mais l’anniversaire de l’indépendance de 1804 montre clairement que ces problèmes accusent une profondeur historique qui n’est pas si facile à trouver ailleurs. Haïti serait-il, en tant que premier État «post-colonial» du «tiers-monde», un exemple classique pour les débats sur le post-colonialisme et le paradigme de «l’Atlantique noire»?

La conférence est consacrée essentiellement à deux points centraux: l’un historique/politique (sections A et B) et l’autre philosophique/littéraire (sections C et D).

Section A : L’histoire de la guerre de l’indépendance d’Haïti
Mots-clés: Saint-Domingue à la veille de la révolution; anciens libres et esclaves; la position de la France et la question de l’abolition de l’esclavage; la Révolution Française et les îles sucrières caraïbéennes; l’intervention anglaise; la Saint-Domingue espagnole pendant la révolution; la paix de Bâle et les conséquences; Toussaint Louverture et la reconstruction de la colonie; Napoléon et Saint-Domingue; le retrait des troupes françaises et les conséquences.

Section B : Le premier siècle après la fondation de l’État
Mots-clés: la première constitution et l’État «noir» radical de Dessalines et Christophe; le rôle de l’Armée et la revendication pour une «île une et indivisible»; Haïti comme puissance régionale: les interventions pendant les guerres américaines de libération; Boyer et «l’île réunifiée»; l’Ordonnance de Charles X et le commencement des interventions canonnières étrangères; l’État «mulâtre»; les décennies de guerres civiles et leurs conséquences militaires et politiques; l’intervention des États-Unis d’Amérique.

Section C : Le contexte idéologique et littéraire de la révolution
Mots-clés: la France révolutionnaire et les colonies; littérature de pamphlet de la fraction jacobine et de la fraction bourgeoise-girondine; idéologie et politique: Saint-Domingue comme jouet des intérêts européens; Kleist: Les fiançailles de Saint-Domingue; les premiers intellectuels haïtiens: le Baron de Vastey et Juste Chanlatte; la révolution comme mythe fondateur.

Section D : La révolution comme thème de la fiction et de l’essai
Mots-clés: l’historiographie haïtienne: Ardouin, Nau, Saint-Rémy; poésie et drame haïtiens patriotiques; textes romantiques: Hugo, Lamartine, Bergeaud; la révolution et ses protagonistes dans la littérature du 20ème siècle, auteurs haïtiens et auteurs non haïtiens (Neruda, Carpentier, Seghers, Césaire, Glissant, Métellus etc).

Dans une discussion finale, on posera la question de «l’héritage» de la révolution et sa signification pour les débats sur le post-colonialisme.



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PROGRAMME

Jeudi 4 novembre

13.00 : Inauguration du congrès (Peter Altekrüger/Ulrich Fleischmann/Léon-François Hoffmann)
14.00 : Claude MOISE (Port-au-Prince) : "Le projet national de Toussaint Louverture“
14.45 : Inez FISHER-BLANCHET (Centre de Recherches Caraïbes-Amériques, Paris) : "Toussaint Louverture et Napoléon Bonaparte : un combat inégal“
15.30 : David GEGGUS (University of Florida) : "L’intervention étrangère dans la Révolution haïtienne“
16.15 : Pause-café
16.45 : Hans-Joachim KÖNIG (Universität Eichstätt) : "La Révolution haïtienne et l’Amérique espagnole“
17.30 : Oruno Denis LARA (Centre de Recherches Caraïbes-Amériques, Paris) : "Le rayonnement de la Révolution haïtienne aux Caraïbes-Amériques, 1791 – années 1830“
18.15 : Pascale BERLOQUIN-CHASSANY (Université de Paris X) : "Un fossé á dimension variable : les relations franco-allemandes et Haïti (1890-1910)“
20.00 : Inauguration de l’exposition "Signale der Wände – Pablo Butcher fotografiert haitianische Wandgemälde“ (L’appel des murs – les peintures murales en Haïti photographiées par Pablo Butcher) à l’Institut Ibéro-américain


Vendredi 5 novembre

Section 1
9.00 : Oliver GLIECH (Freie Universität Berlin): "L’insurrection des esclaves de Saint-Domingue et l’effondrement du pouvoir blanc : aux origines sociales d’une révolution impensable (1789-1794)“
9.45 : Elvire MAUROUARD (Université de Paris VIII): "Noires épiques: penser la participation effective des femmes dans la Révolution de 1804“
10.30 : Pause-café
11.00 : Florence GAUTIER (Université de Paris VII): "Julien Raimond acteur et théoréticien de la Révolution à Saint-Domingue : son rôle dans la Société des citoyens de couleur de Paris, 1789-1793“
11.45 : Yves BENOT (Paris) : "La Revue Encyclopédique et Haïti, 1819-1830“
12.30 : Déjeuner
14.00 : François BLANCPAIN (Paris) : "Les deux abolitions de l’esclavage dans les colonies françaises, 1793-94 et 1848 : leurs similitudes, leurs différences, leurs effets“
14.45 : Caroline CROUIN (Université de Paris VII) : "Symbolisme et esthétique révolutionnaire au travers de la réception du décret de l’abolition de l’esclavage“
15.30 : Nelly SCHMIDT (Université de Paris IV/CNRS) : "L’abolition de l’esclavage de 1848 et l’influence des événements de Saint Domingue/Haïti“
16.15 : Pause-café
16.45 : Gérard BARTHELEMY (Université d’Etat d’Haïti/Paris) : "Agriculture et paysannat au moment de l’Indépendance et pendant le XIXe siècle“
17.30 : Alrich NICOLAS (Port-au-Prince) : "Le discours haïtien et la construction de la Nation“
18.15 : Michel HECTOR (Université d’Etat d’Haïti) : "La Révolution et le long 19e siècle“

Section 2
9.00 : Léon-François HOFFMANN (Princeton University) : "L’image de la République dominicaine et des dominicains dans les lettres haïtiennes“
9.45 : Rita de MAESENEER (Universiteit Antwerpen) : "La Révolution haïtienne et l’autre moitié de l’Ile : Viento negro, bosque del Caimán (2002) de Carlos Esteban Deive“
10.30 : Pause-café
11.00 : Frauke GEWECKE (Universität Heidelberg) : "Les Antilles face à la Révolution haïtienne : Césaire, Glissant, Maximin“
11.45 : Ineke PHAF-RHEINBERGER (Freie Universität Berlin/Lateinamerika-Institut) : "L’impossibilité d’une Révolution caribéenne: les colonies néerlandaises“
12.30 : Déjeuner
14.00 : Najib REDOUANE (California State University) : "L’indépendance d’Haïti : écriture des multitudes“
14.45 : Alex-Louise TESSONNEAU (Université de Paris VIII) : “Quelques commentaires à propos de la littérature haïtienne des premiers temps de la Révolution“
15.30 : Helmtrud RUMPF (Berlin) : "Le personnage d’Anacaona dans l’imaginaire collectif en Haïti“
16.15 : Pause-café
16.45 : Brigitte KLEINE (Universität Potsdam) : "Bonjour et adieu à la Révolution: le déclin d’un mythe fondateur dans la littérature haïtienne d’aujourd’hui“
17.30 : Jérôme CECCON (Universiteit Antwerpen) : "Traces historiques dans les narrations d’Emile Ollivier“
18.15 : Marie-José N’ZENGOU-TAYO (University of the West Indies, Mona) : "Les écrivaines haïtiennes et la Révolution de Saint-Domingue : La danse sur le volcan de Marie Chauvet et Le seconde mort de Toussaint Louverture de Fabienne Pasquet“
20.00 Lecture/Présentation/Débat :
Louis-Philippe DALEMBERT : Ces îles de plein sel (poème)
Hans Christoph BUCH : Die tanzenden Schatten oder der Zombie bin ich (roman) (à confirmer)


Samedi 6 novembre

9.00 : Annedore M. CRUZ BENEDETTI (Universität Frankfurt) : "Client and Contractor as Protagonist of Revolution. Reflections on Heiner Müller’s Drama Der Ausgang. Erinnerungen an eine Revolution (The Mission. Memories of a Revolution)“
9.45 : Ulrich FLEISCHMANN (Freie Universität Berlin/Lateinamerika-Institut) : "Haïti : littérature dans un pays pauvre“
10.30 : Pause-café
11.00 : Débat public : "La Révolution haïtienne et le débat du postcolonialisme“
Animation : Richard BAUER (Neue Zürcher Zeitung) - participants encore à déterminer
13.00 : Fin du congrès

Pour plus d'informations, contacter : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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