Le projet de l'Isle-de-Noé : un coin du voile…

Les athlètes le savent bien : le sport, c'est 1% d'inspiration et 99 % de transpiration. A la réflexion, pareille formule peut également s'appliquer à la mise en place d'une manifestation culturelle, qui ressemble fort à une course de fond. Passons sur les obstacles, délais, inertie, incrédulité première et autres pesanteurs qui émaillent le parcours, pour ne retenir que les bons moments, les spectateurs qui acclament au passage ou les ravitailleurs qui apportent boissons énergétiques et sucres lents. Bourrées de vitamines, il y a donc de petites surprises qui « dopent » et encouragent. Et rien que des produits autorisés, honnêtes, inscrits au tableau d’honneur de la découverte ! C’est ainsi qu’un féru d’histoire locale m’a transmis une petite information inédite à propos de Frédéric de Gardarens de Boisse, premier maire du village de Marestaing, dans le Gers. Engagé volontaire en 1792, sa carrière militaire le conduit à un moment donné à Saint-Domingue. Après bien des aventures (il participe à la guerre de course contre les Anglais, est même un temps prisonnier à la Jamaïque, puis un corsaire espagnol l’entraîne à Carthagène ; de là il transite par Santiago de Cuba…), le voici débarquant début 1802 aux Gonaïves où le commandant de la place, Vernet, le fait mettre aux fers. Deux mois plus tard, notre gascon est finalement libéré sur ordre de Toussaint Louverture, à qui il avait rendu « un très grand service » (d’ordre militaire, selon ses déclarations). De quel service précis s’agit-il ? Le souvenir semble s’être perdu et on se perd en conjectures. A moins d’un miracle… Voici en tout cas une anecdote qui méritait d’être rappelée. Autre petite surprise, apprise elle-aussi par hasard : dans le village (gersois, toujours) de Ponsan-Soubiran, il y a une belle demeure construite en 1785, qui appartenait autrefois à la famille de Molleville. Dans le parc a été planté (au moment de la construction) un pin connu comme « l’arbre du prince d’Haïti ». La encore le souvenir semble s’être perdu par les descendants, mais une telle appellation n’arrive pas par hasard. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de « prince » ? S’agit-il du retour d’un planteur en métropole une fois fortune faite ? De saluer une naissance heureuse ? Et pourquoi le terme de « Haïti » à une époque où le territoire s’appelait encore Saint-Domingue ? La recherche ne fait que commencer. On pourrait multiplier les surprises (repérage des lieux où ont vécu les Louverture à Agen et Astaffort, famille qui se manifeste car ayant eu un ancêtre officier à la Martinique au temps des rois…) et espérer que ces petits éléments, éparts, spontanés, en annoncent d’autres, quand on sait le nombre de Gascons partis « aux isles ». Un coin du voile se lève donc, aujourd’hui timidement, demain avec certainement plus de conviction (soyons optimistes). Il faut pour cela que l’information circule, que les langues se délient, que les gens réalisent que cela peut intéresser d’autres personnes que leur cercle familial restreint. Comme toute chose de longue haleine, il faudra du temps. Mais les Gascons sont comme cela : s’ils sont touchés dans leur histoire, le patrimoine, leur fierté, alors ils peuvent être d’une grande générosité. Et ils se seront réappropriés une histoire qui croupissait dans les oubliettes. Dans l’immédiat, l’exposition de L’Isle-de-Noé de juillet-août 2003 se prépare, fébrilement. A suivre. Jean-Louis DONNADIEU, 8 février 2003 (troisième article de la série sur la commémoration du bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture à l'Isle-de-Noé, dans le Gers) Photo : Église à Marestaing - http://gite.rural.free.fr/index.htm
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