Tatav mouri ...

Octavius Pamphile que nous appelions tous, affectueusement, "Tatav" s'en est allé. Il nous a quitté en cette fin de mois de janvier 2003, en laissant nos oreilles, nos yeux orphelins. Car "Tatav" était un conteur, un grand conteur, pas un de ces conteurs avares en paroles, jaloux de leur savoir. Au contraire, avec une générosité débordante, il allait là où il était invité :"koté yé envité nou, nou k'alé". Quand il racontait, quand il "révéyé" le conte, il ne laissait personne insensible : il avait le don de saupoudrer ses contes d'humour, de mimiques et d'une gestuelle sans pareille. Président de l'association Masak dans laquelle "bon moso vini, bon moso alé" comme il le disait lui même. Ce groupe de conteurs a été d'une importance capitale pour le "renouveau du conte" guyanais. Cette association qui œuvre pour la défense et la promotion du Conte a été la première à ouvrir le layon que d'autres ont suivi. Un militant de la culture orale voici ce qu'il était. Mouché Pamphile avait une conscience aiguë de son devoir de transmission, il savait que le savoir des gangans n'est que "parole en bouche" s'il n'est pas transmis aux générations suivantes. C'est ainsi qu'inlassablement avec Masak il contait dans les écoles. C'est ainsi qu'il était toujours disponible pour accueillir chez lui les apprentis-conteurs et leur transmettait contes et chants révéyé. C'est ainsi qu'à chaque contée, il invitait tout un chacun à conserver cette tradition orale : "sa ki gen anjistrèr anjistré byen, momenm mo ké alé". Son décès est une grande perte pour le monde du conte mais au-delà du conteur, Octavius Pamphile était un témoin de son époque. Né à Cayenne en 1917, il a longtemps travaillé sur la rivière "La Comté" et approvisionnait le placer Byèf. Byèf fronmé, "Tatav" mouri ! "Lapèn di roun a lapèn di tout", et ce principe de solidarité faisait que les uns et les autres se sentaient impliqués surtout quand Bazil frappait aux portes dans le voisinage. Et les conteurs tout particulièrement, après la prière, commençaient à raconter des contes. Cela ne se fait plus de nos jours, néanmoins "Tatav" a toujours tenu à nous le faire savoir, afin que les jeunes générations le sachent. "Tatav" sache que là où tu iras, en compagnie de ceux que tu retrouveras, si tu tends l'oreille vers nous, en Guyane, tu nous entendras répondre : Non, la cour ne dort pas ! KRAKÉMANTÒ, 01 février 03 Photo : Tatav - MAYOURI MATO 1999 (2zyenm bi), www.krakemanto.gf/kamalakulimato.html
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