Plongée au cœur d'une histoire oubliée : les Noé à Saint-Domingue

Si la canne de Toussaint Louverture a été l'élément déclencheur des manifestations de juillet 2003 à L'Isle-de-Noé autour du souvenir de Toussaint Louverture, il n'en reste pas moins que la question principale, pour les Gascons, est de savoir quels liens avaient les Noé avec les « îles à sucre ». Réponse : des liens multiples, complexes, et durables. Autrement dit, une histoire de famille, sur deux générations, sinon trois. Pour beaucoup de gens, le rappel de ce passé fait figure de véritable révélation, car au delà de cette destinée individuelle, c'est bien l'histoire de centaines de Gascons, partis aux Antilles aux XVII-XVIIIème siècles, qui est ravivée. Une histoire dont le souvenir s'était perdu, la grande majorité de ces aventuriers n'étant pas revenue au pays raconter leur vie sous les tropiques. Que propose donc l’exposition historique de L’Isle-de-Noé ? D’abord, d’exposer le pourquoi de la migration du premier Noé (Louis) au début du XVIIIème siècle, son « mariage créole » avec une fille Bréda, la naissance des enfants dans la ville du Cap (Français à l’époque, Haïtien aujourd’hui) ainsi que la biographie du comte qui côtoiera (un peu) Toussaint Louverture. Montrer aussi quels biens possédaient les Noé et, plus largement, les descendants Bréda (habitations au nord de Saint-Domingue) et ce qu’était la vie quotidienne dans une habitation sucrière (à partir des lettres de l’intendant Bayon de Libertat, notamment), comment on y fabriquait le sucre, ce que cela rapportait et, évidemment, montrer la complexité des relations maître/esclaves. Un éclairage particulier va être donné sur l’habitation Juchereau-Saint-Denis, au Trou-du-Nord, dont de nombreux papiers ont été retrouvés au château de L’Isle-de-Noé, alors que les Noé n’en n’ont jamais été les propriétaires. Explication : c’est par le mariage d’un petit-fils du comte de Noé avec la petite-fille de Louis-Barbe Juchereau de Saint-Denis, habitant, que ces papiers sont arrivés au château, puis déposés dans un grenier où l’oubli a failli les engloutir. Vient ensuite la figure de Toussaint Louverture, les origines de sa famille et l’histoire de sa descendance. On s’en doute, un autre grand coup de projecteur va être donné sur la Révolution française outre-mer, les circonstances méconnues de la première abolition de l’esclavage par la Convention (et de son rétablissement par Bonaparte) et l’indépendance d’Haïti. Enfin, il y aura un rappel de l’action d’individualités comme Schoelcher ou Lamartine, dont on connaît le rôle à propos de l’abolition de 1848. Le crayon de Cham (Amédée de Noé) sera également de la partie, avec quelques dessins relatifs à Toussaint Louverture et à Haïti. L’historien averti peut remarquer qu’il n’y a pas de « scoop », ces choses-là sont connues. Encore que… Les noms de Bréda et Noé traversent l’histoire d’Haïti tels des comètes, mais qu’y a-t-il derrière, que sait-on plus précisément de ces gens qui ont vécu, agi, construit et procréé entre le morne du Cap et la Plaine-du-Nord ? Et puis, cette exposition est en partie illustrée par des documents exhumés du château (donc non étudiés jusque-là) dont la présence était totalement insoupçonnée par la population, et ce durant des décennies. Autrement dit, le premier but de cette manifestation est bien d’être un électro-choc pour le public gascon qui s’y rendra. Un électro-choc dont on peut espérer qu’il appellera d’autres initiatives et contribuera à renouer les liens que le temps avait distendus entre la Gascogne, l’Afrique et les Antilles. Jean-Louis DONNADIEU (2e article de la série sur la commémoration du bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture à L’Isle-de-Noé, dans le Gers) Image : Toussaint Louverture avec sa canne, signée Bacquois (probablement été exécuté en France à l'arrivée de Toussaint, (?) d'après nature) tirée du Dossier préparatoire « Bicentenaire de la Mort de TOUSSAINT LOUVERTURE » (Projet mené par l’association CHAM)
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