Récit d'une soirée avec Michel Rovelas, artiste de l'année

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Première étape d’une année à regarder la Caraïbe depuis la perspective de Michel Rovelas, artiste de l’année 2014 de Gens de la Caraïbe, un diner pour se connecter avec le créateur plasticien et revisiter sa dernière exposition « Mythologies créoles, les Anciens toujours existants et bien vivants » (juin-juillet 2013, L’Artchipel, Basse-Terre).

L’ensemble de sa création et celle, récente, illustrant la figure du Minotaure, utilisant le bambou et le fer.. ses convictions personnelles, ses engagements font de Michel Rovelas une figure déterminante de la Caraïbe. A l’image de ce que firent Diego Riviera au Mexique, Wifredo Lam à Cuba, ou encore Louis Laouchez et Serge Hélénon en Martinique, Michel Rovelas a tracé la voie, en Guadeloupe, d’une peinture ancrée sur le lieu, et donc authentiquement caribéenne. Retour sur un premier diner le 05 avril 2014.

 

En l’absence d’œuvres de Michel Rovelas ce soir là,  une vidéo de 26mn réalisée par Khalil SARKIS en 2013 pour la chaine publique Guadeloupe 1ère  , montrait l'artiste dans son atelier en pleine préparation de sa dernière exposition « Mythologies créoles ». Pénétrer dans l'atelier d'un artiste en plein travail est un privilège rare qui permet de saisir l'instant de création, avec le geste, les outils, les matériaux. Les images montrant la création des sculptures en bambou et en métal ont beaucoup impressionné les participants. Le film souligne bien les difficultés techniques de réalisation, l'effort physique que l'artiste et ses assistants déploient qui pour le montage des pièces de bambou, qui pour la soudure du métal. En outre, on perçoit aussi la joie de la création dans la complicité malgré la pénibilité du travail.

 

 

Une œuvre choc et ses répercussions sur le public.

 

L’originalité des œuvres présentées, sculptures et peintures, tient autant au choix des matériaux, aux formes élaborées qu’aux horizons et concepts auxquels ils ouvrent.

Si les sculptures, dotées chacune d’un nom, représentent bien des personnages debout, les peintures de Michel Rovelas, comme le fera remarquer Joël Nankin, semblent s’éloigner davantage de la figuration que par le passé, même si l’on y retrouve toujours des silhouettes emblématiques, symboles et cadres caractéristiques de l’artiste : « Est-ce l'aboutissement d'une démarche ou tout autre chose ? ». Quelqu’un déplore que la vidéo ait fait l’impasse sur les dessins érotiques de l’exposition.

 

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Mais grâce à la vidéo, permettant de suivre l’artiste depuis le rituel de la coupe jusqu’à sa métamorphose en objet d'art, le travail du bambou a littéralement fasciné le public.

Sensibles aux possibilités plastiques offertes par ce matériau largement présent sur notre île, certains ont déploré qu’il soit peu apprécié en raison de la multiplication rapide et anarchique de ses rhizomes et appelé à être éliminé du Parc National de la Guadeloupe à la demande de sa direction, ce que regrette beaucoup Michel Rovelas.

Les témoignages du public font état de la dimension spirituelle de ce matériau : « Le bambou est sonore, c'est une voix », ou encore « En Asie on construit des mobiles en bambou. C'est un symbole mis à l'entrée des maisons pour que le bruit émis éloigne les mauvais esprits. » Dimension spirituelle ou onirique, c’est à celles-ci que pense Renée soulignant la « Relation entre le créateur et le rêve », avant de conclure «  La caméra fait l'unité de tout ça. Je suis touchée, émue. »

 

Le critique Christian Bracy, auteur de l’article « Une esthétique du désenchantement » publié dans le catalogue édité par Karib’ Art, attire l'attention sur la beauté des sculptures en métal que l'on voit aussi dans le film, ajoutant « Michel est un résistant et un combattant ».

Ces personnages fragiles de bambou, constitués de pièces rafistolées d’un côté et, de l’autre, ces hommes bardés de fer, aux formes tranchantes, semblent évoquer un affrontement renvoyant à une mythologie propre à la Caraïbe. Une mythologie au rebours de celle de « La Guerre de Troie », dans laquelle ce sont ici les victimes qui sont hissées au rang de héros. Quant aux peintures, nous y voyons un parallèle avec le « théâtre de la cruauté » d'Antonin Artaud. (exposition actuellement au musée d'Orsay (Paris)  « Van Gogh / Artaud. Le suicidé de la société » - 11 mars - 6 juillet 2014)

 

Un artiste engagé, passionné et très à même de conceptualiser son travail.

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Aux propos de Christian Bracy, l’artiste ne craint pas de répondre « La Guadeloupe a été fracturée de partout et raccommodée pour rester debout. Nos sens sont des interfaces par rapport au monde.
Le colonialisme ne nous a pas laissé gérer le monde à notre façon et la création est pour cela un problème ici. »

Confirmant ce qu’il a écrit dans sa Préface à propos de la figure du Minotaure, qui «  s'impose à moi comme étant celle de l'esclavagiste, du colonialiste; mais, me semble-t-il, cette figure du Minotaure devient au fur et à mesure, également la nôtre, nous des victimes de l'Histoire...

Ainsi donc dans cette exposition, j'essaie de parler de moi, de vous, c'est-à-dire de nous ». De la même façon Michel Rovelas retourne les propos de Joël Nanquin d’une boutade, citant au passage le très beau livre de Fabienne Verdier, Passager du silence : « Est-ce que le monde pictural est figuratif ou pas ? Je l'ai dépassé. L'origine de la pensée ou du pays Guadeloupe ? En Asie on dit qu'un homme est un microcosme de l'univers. Il y a des mythologies et il y a des connaissances. »

Et, en réponse aux commentaires, il confirme ce qu’il avait écrit : « Le métal provient des profondeurs de la terre. Il est impassible et froid... Il ignore la peur... et peut servir à la fois l'esclave et le maître. Convoqué ici même dans l'exposition, il vous montre les visages que je prends la nuit; je veux dire que vous prenez la nuit, c'est-à-dire que nous prenons la nuit...

 

On le voit, à travers cette exposition Michel Rovelas poursuit la réflexion engagée à propos du nou que scandaient les manifestants de la crise sociale de 2009, « Lagwadloup sé tan nou.. », réflexion déjà visible dans l’œuvre exposée à ArtBémao, en 2001. Il peut alors conclure sur la notion de « mythe », révélant ainsi le choix du titre donnée à cette dernière exposition « Mythologies créoles » :  « Le mythe est donc comme un filet, une trame jetée sur le monde apte en cela à nous aider à le décoder, à lire la route à prendre... »

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Continuité et nouveauté pour Gens de la Caraïbe :

Michel Rovelas, plasticien, était l'invité de la deuxième soirée de Gens de la Caraïbe de 2014. Après Frankito, lauréat du Prix Carbet des Lycéens et Gerty Dambury en 2013, Gens de la Caraïbe-Guadeloupe a repris pour 2014 ses petites rencontres au restaurant l’Otantik, au Lamentin (Guadeloupe). Mustapha Bousalem, auteur d’un premier roman prometteur « La vie et une nuit » a lancé la série dès janvier 2014.  

Le principe reste identique. Il s’agit de rassembler 12 à 15 personnes, membres et sympathisants de Gens de la Caraïbe, à échanger de façon conviviale ses impressions autour de l’œuvre d’un auteur, sensible et intéressé d’un retour interactif voire physique avec son public.

Inviter Michel Rovelas le 5 avril 2014, marque un tournant. D’abord parce, quittant le domaine de la littérature, l’invité est cette fois un plasticien, auquel Gens de la Caraïbe a décidé de rendre hommage comme figure déterminante de la Caraïbe. A l’image de ce que firent Diego Riviera au Mexique, Wifredo Lam à Cuba, ou encore Louis Laouchez et Serge Hélénon en Martinique, Michel Rovelas a tracé la voie, en Guadeloupe, d’une peinture ancrée sur le lieu, et donc authentiquement caribéenne

Un événement conçu comme une performance.

Avec 26 convives, nous avons pris le pari de déroger à la règle des 15 participants maximum nécessitant une véritable mise en scène de la soirée. « Echanger » supposant une certaine complicité et confiance, il convenait d’abord que tout un chacun, disposé de façon traditionnelle en cercle, an lawond, puisse se présenter. En dehors des membres engagés de Gens de la Caraïbe-Guadeloupe, on notait le retour de sympathisants, professeurs de lettres pour la plupart, et la présence de nombreux plasticiens et/ou amateurs d’art. Certains, très motivés, étaient même venus de Pointe-Noire (30 km en traversant Le col des Mamelles).

 

A l’issue de la projection du film de 26 minutes de Khalil Sarkis, et aidée en cela par l’apéritif proposé à bon escient, l’assemblée était invitée à participer à l’événement, donnant ses impressions, faisant part de ses remarques ou interrogations. Le rituel se poursuivait ensuite par une belle lecture du texte que Michel Rovelas a écrit pour le catalogue de l’exposition, avant que ne soit donnée à l’artiste la parole pour rebondir sur les interventions des uns et des autres et apporter certains éclairages complémentaires. 

Après quoi une libre discussion devait se prolonger jusqu’à minuit passé à l’occasion de ce repas partagé avec un Michel Rovelas intarissable quand il s'agit d'art. Il promettra tout de même deux rencontres chez lui avec Gens de la Caraïbe dont une visite de son atelier.

L'artiste à un franc parler qui mêle sa passion de la création artistique, les références à ses lectures, ses réflexions sur l'art et ses convictions personnelles.

Et tant pis si des anecdotes de vie qu'il nous conte brouillent parfois le fil conducteur des idées qu'il expose. Si ses propos dérangent parfois certains, la force de son engagement impose le respect.

 

Mireille Bandou-Kermarrec et Scarlett Jésus

 Photos : ©  Hélène Valenzuela, 2014 - avec son aimable autorisation et participation

 

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