Soirée littéraire - Senghor - Césaire : un dialogue de coeur et de pensées -

Année SenghorDans le cadre des célébrations du centenaire de naissance de Léopold Sédar Senghor et de l’hommage rendu à son ami Aimé Césaire, la ville de Fort-de-France s’associe à l’Organisation Internationale de la Francophonie dans son projet « Un pont sur l’Atlantique, une page d’amitié : Senghor-Césaire, créateurs par le verbe et par l’action »...

La ville tient à honorer ces poètes de l’engagement, tant culturel que social et politique, et relater leur itinéraire de vie et leur œuvre à travers une mise en correspondance orchestrée par 2 écrivains renommés internationalement, et spécialistes de ces 2 pères de la négritude.

Dans un dialogue intimiste, les poètes Daniel Maximin et Nimrod* vous feront revivre par une alternance de textes littéraires, d’analyses, et de critiques les liens profonds qui unissaient les 2 hommes, leurs 2 terres, autour d’une même pensée.

Cette rencontre exceptionnelle se tiendra le

Jeudi 22 juin 2006 à 19 heures

dans la salle du 6ième étage du bâtiment administratif de la Mairie de Fort-de-France.

Une séance de dédicace suivra autour d’une table de lecture mise en place par la librairie Alexandre.

 

SENGHOR & CESAIRE

UN DIALOGUE DE COEUR ET DE PENSEES
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CADASTRE DE LEURS CHANTS D’OMBRE

Au-delà du souci d'être après tout lui-même, solitaire seigneur sur la terre de son oeuvre, Senghor a caressé toute sa vie le rêve d'être avant tout un passeur d'eaux, un médiateur entre deux rêves d'Afrique et d'Occident, dérivant entre deux illusions d'Eurafrique et de Négritude, un piroguier entre deux rives d'Afrique et d'Europe, «jusqu´en Sine, jusqu´en Seine », menacé parfois d'oubli ou de rejet, au-delà des louanges académiques et des injures du temps. "Ambassadeur du peuple noir" comme il le disait lui-même : "j'ai dessein de faire retraite dans les marches du Fleuve..". Voyage entre deux eaux, entre tangages et rivages, du poète, du philosophe, de l'écrivain, du passeur des nouvelles littératures noires dès 1948, inventeur avant la lettre d'une francophonie d´abord culturelle et poétique, à la source de la Francophonie géopolitique et institutionnelle dont il a été aussi un des pères fondateurs vingt ans après. Tel est Senghor tel que le célèbre Césaire : « la patience paysanne des semences à forcer et l´entêtement d´une conjuration de racines...à l´arraché du soleil ».

Aimé Césaire est un homme de conviction, de création, de témoignage et de fidélité.
 
Dès son premier texte, le CAHIER D'UN RETOUR AU PAYS NATAL, la volonté de peindre la métamorphose de "cette foule inerte" brisée par l'histoire, en un "peuple debout, un pays debout et libre", structure tout le mouvement de ce poème qui depuis cinquante ans a fait le tour du monde pour éveiller la mémoire et l'espoir.
Dans son théâtre, défilent dans ses quatre pièces une galerie de bâtisseurs sur les champs de ruines de l'histoire : les deux héros mythiques du Rebelle et de Caliban, qui encadrent les deux figures historiques du Roi Christophe et de Patrice Lumumba, creusant jusqu'à la mort les fondations de leur nation toute neuve à Haïti et au Congo.
Césaire est aussi l´homme du vouloir, c´est-à-dire de l´action et de l´engagement collectif tout au long de sa longue carrière politique. Ce familier des grands rêves est aussi un bâtisseur lucide du quotidien. Et la principale leçon de son action politique, c´est bien cette certitude toujours affirmée que les véritables avancées de la liberté et de la dignité ne sont pas celles qui s´octroient d´en haut ou qui se décrètent d´ailleurs, mais celle qui se conquièrent par la responsabilité collectivement assumée.
 Et c'est en définitive surtout la poésie qui constitue sa « parole essentielle » celle qui donne:" la force de regarder demain". Ce que célèbre Senghor comme son : « sillage de lumière en plein midi ».         

Daniel MAXIMIN
 
 

AIME CESAIRE, POÈTE-LAMINAIRE

« Au frère aimé et à l´ami, mon salut abrupt et fraternel !...
... Me charme par delà les années, sous la cendre de tes paupières
La braise ardente, ta musique vers quoi nous tendions nos mains et nos coeurs d´hier.
... Au fond du puits de ma mémoire, je touche
Ton visage où je puise l´eau qui rafraîchit mon long regret... »
                                   
(Extrait de lettre à un poète –  Poème de Senghor à Aimé Césaire)


LÉOPOLD SENGHOR POÈTE-DYÂLI

Alors la solitude aura beau se lever
D'entre les vieilles malédictions
Et prendre pied aux plages de la mémoire
Parmi les bancs de sable qui surnagent
Et la divagation déchiquetée des îles
Je n'aurai garde d'oublier la parole
Du dyali...

(Extrait de Dyâli - Poème de Césaire à Léopold Senghor.)



* NIMROD est né en 1959 au Tchad. Poète, romancier et essayiste. Il vit à Amiens.
De 1997-1999, il est rédacteur en chef de la revue Aleph, beth (art, philosophie, littérature).
En 2003, fonde, à la demande de son éditeur et ami, François Boddaert, la revue de littérature francophone, Ago-tem, aux éditions Obsidiane, co-animé avec Gaston-Paul Effa, Isabelle Lebrat et Émile Moselly Batamack.

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