Oui, oui, oui... parlons-en, encore et encore...

Dénonçons ces 40 députés UMP révisionnistes.
Marchons en silence le 10 mai, avec dignité et le regard fier.
Et parlons-en.
Mais au présent.

C’est au présent qu’il faudrait parler de l’esclavage. C’est au présent qu’il faut dire l’horreur et la négation de l’humain. C’est au présent qu’il faut parler d’exploitation de l’homme par l’homme. C’est le présent qui porte le mépris, l’humiliation…la néantisation d’une part de l’humanité.
C’est au présent, et c’est aussi ici. Ici, dans les Antilles, les Grandes et les Petites. Pas besoin de traverser l’océan à fond de cale pour plonger dans l’indicible. L’indicible d’un pays, un pays maudit, le trou du cul du monde.
C’est notre présent.
Dans ces Antilles, du nord au sud, dans la rue, dans les réunions politiques, sur les scènes de théâtre, fleurissent à tout bout de phrase les « frères, amis-frères ». La fleur vénéneuse de l’anti-blanc s’épanouit et se cultive. Parfois avec raison, parfois car il est plus aisé de faire retomber ses difficultés, de quelque ordre qu’elles soient, sur l’autre, le porteur de l’image de la colonisation... Les frères et amis-frères ne peuvent avoir que cette belle couleur sombre de la peau. Couleur mot de passe, couleur complicité, couleur histoire et douleur partagées.
Mais glissez dans cette fraternité un être venu au péril de sa vie du trou du cul du monde, et les regards se font féroces. Plus de partage d’histoire et de douleur. Plus de complicité. Le rejet : « Haïtiens, chiens ».
Oui, parlons-en. Un chien, le dernier dans l’ordre du vivant en terre antillaise.
Parlons de l’esclavage dans les bateys de la Dominikani, esclavage qui a rapporté des sommes énormes à l’état haïtien. Parlons de ces bêtes de somme (1,5 euros pour une tonne de canne coupée), de la non existence de leurs enfants nés dans cette zone de non droit, de non vie, enfants que ni Haïti ni la République Dominicaine ne veulent reconnaître. Ils n’ont d’autre avenir que de trimer à leur tour et de ne jamais additionner que des tonnes de cannes…le Code noir n’est pas loin, certains trouvent en eux du plus Blanc que le Blanc...
Parlons des Haïtiens brûlés vifs, des assassinats de masse (passés... à venir ?)
En descendant vers le sud, parlons de l’exploitation, des salaires de misère pour des travaux agricoles que plus un antillais ne veut accomplir, du mépris clairement affiché et exprimé, des dénonciations monnaie-courante en Guadeloupe et Martinique pour des reconduites à la frontière. Parlons des coutelas prêts à servir sur les marchés. Parlons de la radio qui pousse ouvertement à la haine. Parlons d’insultes peintes sur les murs. Parlons de l’humiliation subie par les enfants Haïtiens dans l’école de la République, du rejet clairement exprimé de certains enseignants. Parlons des regards baissés et des voix qui osent à peine murmurer « je suis Haïtien ». Frère…ami-frère… parlons de cette peur du trou du cul du monde qui représente ce que nous pourrions devenir si les Blancs de la mère patrie nous laissaient tomber.
Nous avons pris du Blanc le pire, notre société est devenue celle du mépris et de la néantisation de l’individu. La leçon est parfaitement retenue.
Alors oui, il faut parler de l’esclavage. Au présent.
Réunir toutes ces énergies qui se dispersent en France dans d’incessantes querelles d’associations.
Il existe un grand combat à mener, celui de rendre leur dignité à ces vrais damnés de la terre.
A des frères.
Qui eux, eux seuls, conjuguent « esclavage » au présent.

ISA, Guadeloupe, 10 mai 2006.

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