Artiste du mois : Eddy Rémy, sculpteur - Haïti

Eddy RémyEddy Rémy est un jeune sculpteur haïtien. Sa spécialité, la sculpture sur fer découpé, se développe depuis maintenant plus d'un demi-siècle, en Haïti. C'est un art à part entière, enraciné dans le quotidien, qui a ses pères fondateurs, tels Georges Liautaud et ses croix en fer forgé découvertes en 1953 par l'Américain Dewitt Peter, ou Serisier Louis-Juste, puis leurs "élèves" Gabriel Bien-Aimé et Serge Jolimeau. C'est un art qui est aussi rattaché à sa terre originelle, Croix-des-Bouquets, un petit village situé en périphérie de Port-au-Prince. L'art de la découpe sur fer est donc aussi une histoire de village. Mais qui dit village en Haïti, dit famille, réunie autour de la religion : le vodou. © Fred MoginL'art de la récupération : d'un "rien" en fer, au "merveilleux"
Exposé dans toute la Caraïbe, en Europe, et aux Etats-Unis, Eddy Rémy n'en demeure pas moins engagé pour son pays, Haïti. Il est notamment membre fondateur du centre culturel SELIDE à Croix-des-Bouquets qui regroupe des artistes de toutes tendances : plasticiens, musiciens, gens de théâtre et de la danse. Artiste confirmé, il inscrit son oeuvre dans l'action, tout en gardant des yeux émerveillés, à chaque nouvelle oeuvre produite. Pour lui, le fait que d'un simple bidon d'essence jaillisse une sculpture, relève presque du sacré : "Mon inspiration provient surtout des scènes de la vie quotidienne, mêlant fêtes païennes et vodou, violence politique et manifestations populaires, enfants qui jouent dans les rues de la ville ou paysannes revenant au village chargées des produits agricoles. Tout est prétexte à sculpter... Mon style vient de la spontanéité, de la vibration et de l'état d'âme du moment. Tout cela donne un certain sens et une vie au côté mystique de mes oeuvres ; il n'y a pas de conditions spécifiques pour créer. Simplement il me faut de la matière et une paix intérieure pour entrer en communication avec la surface de base qui n'est autre qu'un rien au départ et qui va se transformer en une valeur. Pour moi c'est merveilleux."

© Fred Mogin"
L'énergie positive" de tout un peuple comme relief de l'oeuvre
Du matériau brut, le bidon, au "produit fini", la sculpture en fer découpé, c'est en effet toute une chaîne humaine qui s'organise, alliant compétences diverses et division du travail. L'artiste nous en dit un peu plus : "Mes pièces s'affirment à travers leur forme et leur texture. A travers leur relief. Plusieurs personnes interviennent sur la matière avant que je dessine dessus. C'est un travail de longue haleine. J'achète d'abord les drums dans mon quartier entre les mains d'un marchand. Puis je paie un travailleur pour découper les couvercles et aplatir la tôle. Et je dessine. Mon idée de départ va alors épouser la forme du matériau obtenu. Une fois que j'ai dessiné, je découpe les parties extérieures au dessin. Ensuite je fais les finitions en enlevant les rebus de la tôle et en augmentant les textures au détail près. Pour terminer j'emploie des jeunes pour le sablage et le vernissage."
Le fer sculpté devient alors l'expression de toute une culture, de tout un peuple. Au-delà des conflits, de l'insécurité et de la misère qui gangrènent Haïti, Eddy tient à délivrer un message de paix en montrant au monde à travers ses oeuvres qu'il existe dans son pays une énergie positive. L'art haïtien est alors synonyme d'espoir, et sans prétention aucune, Eddy Rémy souhaite en être un ambassadeur, voire le porte-parole. Sa conviction intime et la maîtrise de son art sont, à n'en pas douter, à la hauteur de ses ambitions.

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Eddy Rémy sera à la Médiathèque du Gosier (Guadeloupe), du 20 au 28 janvier 2006.
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