Artiste du mois : Sully Andoche, conteur - Ile de la Réunion

Sully AndocheLe mois d'octobre à la Réunion est rythmé par deux festivals de contes, celui de Joinville et l'autre itinérant initié par les bibliothèques (cf. Itinérance dans notre article Actualités du réseau GDC). A cette occasion, voici le portrait d'un conteur que nous apprécions et avions rencontré en Guyane lors de Kamalakuli mato 2005. C’est dans le quartier de Saint-Jacques à Saint-Denis de la Réunion que Sully Andoche a koupé son zonbri(1) et passera toute son enfance.
Nous sommes dans les années 60. La modernité est encore timide et la rue appartient aux enfants. Dans une ambiance bruyante, grouillante même, les cris, les jeux, les disputes sur fond de moukataz(2), font partie du quotidien.
Le soir venu, sous le lampadaire de la rue Sainte Marie, on se raconte des histoires. Celles qui font peur sont les préférées. Afin de convaincre son auditoire d’un soir, on rajoute un détail fantastique à l’histoire de la veille qui avait connu un succès pour le moins mitigé. Raconter devient un défi, improviser en racontant, une nécessité quasi vitale si le rakontèr ne veut pas mourir aux yeux des autres.
Il n’a pas connu de conteurs patentés, plutôt présents dans les veillées mortuaires (interdites aux faibles tempéraments d’enfants). Juste le souvenir d’un Grandyab la fès an or raconté en boucle par Pépé Apollon son grand-père.
Mais Sully a surtout dévoré des oreilles et des yeux les zistwar fé pèr de cimetières et d’invisibles. De dévinèr(3) aussi ; ceux qui transforment à l’envi les feuilles d’arbre (celui du jacquier donne les meilleurs résultats) en billets craquants de 1000 francs CFA. Je le jure devant la lumière qui m’éclaire et que Dieu m’écrase en poussière si ma langue ramasse des mensonges et comment peux-tu contester une parole de granmoun(4) ?
Toute histoire est parole et toute parole est vraie puisque c’est la bouche que Dieu a donnée qui l’a prononcée. Vraie comme l’histoire de cette nuit là où mémé Frédéa a vu son voisin (homme de loi, s’il vous plaît !) se transformer en chat pour s’introduire dans la maison de l’autre voisin pour faire des choses que diable seul sait. Comment est-il entré ? Mais par la serrure voyons !
Dans les années 80, Sully donne de la voix avec ses dalon(5) du groupe Ziskakan pour que la culture et la langue créoles soient reconnues. Les coupures de courant sont nombreuses et le matériel usagé n’en est pas vraiment la cause. Les censeurs du pas culturellement correct débranchent tout ce qui dépasse. Dans la pénombre, on envoie Sully au devant de la scène pour faire patienter. Tant qu’à faire, il raconte. Plus tard il contera, même quand le courant politique aura changé. Il contera dans les écoles, les kermesses, les kabar(6)… partout où la parole aura une oreille pour miroir.
Urgence de dire, urgence de rapporter, urgence de transmettre. Le conte, au même titre que le maloya il y a quelques années, mérite qu’on lui restitue la place qui est la sienne dans la culture réunionnaise. En passionné qu’il est, Sully, comme d’autres conteurs, s’y emploie tout modestement.
Christelle PATINON

(1) est né - (2) moqueries - (3) sorcier ; devin - (4) adulte - (5) camarades - (6) concerts

Ecoutez l’introduction de ses contes :
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version 1 (sur scène au festival Kamalakuli Mato 2005 - mp3, 745 Ko)
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version 2 (interview sur la Place des Palmistes, Cayenne, 2005 - mp3, 800 Ko)

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