Colloque les 2, 3, 4 décembre 2004, à Jacmel

Relire l'histoire littéraire et le littéraire haïtiens les 2, 3, 4 décembre 2004, organisé conjointement par l'Université de Montréal, L'Université Guelph et le CIDIHCA.

Relire l’histoire littéraire et le littéraire haïtiens

JACMEL, le 2, 3, 4 décembre 2004

« L’artiste ne représente pas le monde, il l’articule »
JUNOD (1976)

L’indépendance d’Haïti est deux fois centenaire.  Et dans le tumulte des discours et de l’actualité entourant cet événement, on aura souvent oublié qu’Haïti aura vécu pendant ce temps et que surtout une littérature riche de deux siècles se sera écrite, dite, chantée, proclamée, murmurée et même parfois lue…

En marge ou en complémentarité des nombreuses activités scientifiques organisées dans le monde sur l’histoire, la mémoire ou la culture – au sens large – d’Haïti, ce colloque est une invitation à lire, relire spécifiquement les deux cents ans de production littéraire haïtienne.

En effet, pendant que se bousculaient les événements politiques et historiques dont, de l’extérieur, on a souvent l’impression qu’ils constituent l’entièreté de l’expérience haïtienne, patiemment, laborieusement, dans la précarité et l’inexplicable foisonnement s’élaborait en Haïti une littérature qui, même dans son dialogue avec la réalité historique, inlassablement, proposera autre chose. 

C’est spécifiquement de cet « autre chose », de ce territoire de mots qui font du littéraire haïtien une des littératures majeures du monde francophone, créolophone, caribéen qu’il sera question dans ce colloque. Cet espace de langages réinventés est investi dans l’euphorie (écrits des « pionniers », réalisme merveilleux) ou la dysphorie (poésie de la Ronde, esthétique du délabrement), conjugué au « nous » ou parfois au « je », partagé entre le réel et le merveilleux, entre le récit, le poétique et le discours, d’autant plus prégnant qu’il fait écho, mais dépasse toujours la réalité événementielle et sociale, d’autant plus important que sa vivacité et sa « réussite » remarquables perdurent devant les succès et même – surtout ? –   les échecs relatifs de la réalité historique.

Barthes disait que «le réel n’est pas représentable» mais que l’écrivain s’évertue quand même à faire dire aux mots ce qui leur échappe.  Ce territoire imaginaire, cet édifice de désirs et de peurs, ce « pays » de paroles, rêvé depuis deux siècles collectivement et subjectivement par tant d’écrivains haïtiens, de quoi est-il fait ?  Quelles en sont les modalités, les évolutions et les esthétiques ?  Il est temps de prendre le temps de littérairement se le demander en relisant les textes.


Axes proposés :

La vérité du symbolique

Quel espace imaginaire est créé discursivement par les écrivains haïtiens ?  Quelle « vérité » propose-t-il ?  Quels en sont les mécanismes symboliques et esthétiques ?  Par exemple, quelle analyse du «réalisme» haïtien (Marcelin, Hibbert, Innoncent) comme esthétique (plutôt que comme miroir de la réalité) pourrait-on proposer ?


L’invisible et l’intériorité

Dans l’imaginaire littéraire haïtien, tel que manifesté à travers l’esthétique du réalisme merveilleux, théorisé depuis les travaux de J. S. Alexis (entre autres), le visible côtoie l’invisible, le matériel n’est rien sans l’immatériel; l’univers est peuplé de loas (Erzulie, Legba, Baron Samedi et cie.) et de zombis.  Plus récemment, l’œuvre d’un Gary Victor ou d’un Laferrière est venue rappeler, pourtant, que l’essentiel de la vie humaine se déroule dans l’invisible; le réel est largement immatériel : c’est l’odeur du café, le goût des jeunes filles, le cri d’un oiseau, peut-être fou.  Marie Chauvet et bien d’autres l’avaient déjà dit : amour, colère, folie, l’invisible, c’est d’abord l’espace intérieur, le vécu subjectif, «le grand intérieur rouge» (titre d’un tableau de Matisse, métaphore de  l’univers des passions, chez Laferrière).  C’est donc aussi l’espace de la résistance à la réduction de l’humain, l’espace où «les humanités puissamment s’affirment» depuis l’époque où l’on stipulait en Code Noir que «le nègre est un bien meuble».  Dire, écrire l’invisible / l’indicible, c’est s’affirmer sujet, refuser d’être l’homme-objet, la femme-objet des désirs et convoitises de l’Autre.


Problématiques d’Histoire littéraire

o  Questions de périodisation

o  Esthétiques (symbolisme, romantisme, réalisme, indigénisme, surréalisme, réalisme merveilleux, baroque, spiralisme, etc.)

o  Généricité (poésie/ roman/ théâtre/ autobiographie, etc.)

o  Diasporas

o  Enseignement (didactique, corpus, manuels d’histoire littéraire, etc.)

o  Les collections spéciales des bibliothèques haïtiennes (BN, Bibliothèque des pères du Saint-Esprit, FIC, collections privées, etc.)


Traversée des genres

Quels sont les genres utilisés par les écrivains haïtiens ? Dans quelle mesure s’accommodent-ils de ces genres ? Comment les habitent/ habillent-ils ? Une étude des genres spécifiquement haïtiens (audience / lodians ; Spirales, etc.) est encore à faire, de même celle des genres peu étudiés : poésie/ théâtre/ nouvelle/ littérature jeunesse. Intérêt d’une approche générique.


La Poésie, genre haïtien ?

Les œuvres poétiques, genre dans lequel les Haïtiens depuis le début ont le plus publié, sont-elles encore, comme l’écrivait Ollivier en 1987, «tout à la fois intensément présentes et sourdement exclues» ?  La littérature en créole est une littérature essentiellement poétique. La littérature haïtienne serait-elle une littérature de poésie ?  Quelles seraient les raisons de l’importance de la poésie dans la littérature haïtienne et pourquoi ce genre est-il paradoxalement, le moins étudié ?

Marginalités
Des réflexions de fond sur les auteurs ou mouvements en Haïti qui s’écartent des grands courants sont encore trop peu nombreuses.  Cet atelier s’intéressera aux raretés, textes insolites ou écartés par la critique.  Que penser par exemple de l’œuvre d’un Magloire-Saint-Aude ou d’un Syto Cavé ?  Ou encore, la littérature des femmes est-elle marginale en Haïti ?

Langues
Littérature en créole / en français. Questions linguistiques et littéraires.  L’affrontement,  la confrontation ou le mariage des langues en littérature haïtienne.  Les textes bilingues.  Les textes de l’entre-langue.  Les textes en anglais ou en espagnol.

Réception
Critique de la critique haïtienne et étrangère.  Critique haïtienne et étrangère : complémentarité ou conflit ? Les éditions critiques.  Différentes approches de la littérature haïtienne et leur critique (sociocritique, historique, sémiotique, herméneutique, linguistique, culturaliste, etc.).  Les oeuvres critiques majeures : Pompilus, Berrou, Laroche, Hoffmann, etc.


ACTIVITÉS PRÉVUES

- Lectures d’œuvres et rencontres avec les écrivains
- Exposition du CIDIHCA sur les écrivains haïtiens
- Visites chez les artisans de Jacmel et autres activités culturelles
- Expositions de la collection spéciale de la Bibliothèque Nationale d’Haïti sur les œuvres marquantes de l’histoire littéraire haïtienne.

À noter : Jacmel est un lieu agréable, sur la mer, avec toutes les infrastructures nécessaires pour la tenue d’un colloque, accessible et calme même en temps de «crise» (nous avons pu le constater en allant sur place la semaine du 16 décembre 2003).

Comité organisateur :

Françoise Beaulieu-Thybulle, Stéphane Martelly, Christiane Ndiaye, Joubert Satyre, et Frantz Voltaire


Date limite pour les propositions de communications : 30 avril, 2004

Faire parvenir vos propositions d’une page (maximum) ainsi qu’une courte bio-bibliographie par la poste ou par courriel à :
Christiane Ndiaye
Études françaises, Faculté des arts et des sciences, Université de Montréal
C.P. 6128, succursale Centre-ville
Montréal, Québec (Canada), H3C 3J7
Courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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