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Josette Bruffaerts, chef d'entreprise et soutien actif des arts haïtiens

Josette Bruffaerts - déc 2007 © al/gdcDe la campagne haïtienne de Camperin à Paris, un long chemin parcouru pour cette femme qui innove dans l’intelligence économique.  « Toujours plus loin, la recherche d’excellence dans le travail », une phrase qu’elle avance pour résumer son parcours. Le cadre est posé et d’emblée on devine une femme exigeante, dont la réussite professionnelle et personnelle résulte d’une ténacité peu commune. Récompensée par un trophée de la réussite au féminin attribué par l’association France-euro- méditerranée en 2006 lors d’une cérémonie au Sénat, qu’est-ce qui prédisposait Josette Bruffaerts  issue d’une famille de propriétaires terriens – les Thomas, entourée d’une fratrie de onze enfants, et élevée dans la campagne haïtienne, à se retrouver à Paris, à la tête d’un cabinet de coaching en intelligence économique ?

Dans la maison familiale, la priorité c’était l’éducation. « On n’avait même pas le choix. Et après nos parents, c’est ma sœur aînée qui nous a soutenu une fois qu’elle a eu terminé ses études, elle était enseignante. Nous sommes une famille à majorité d’enseignants mais aussi dans la santé, j’ai un frère médecin, un autre à la NASA,…pour nous l’objectif de la vie c’était de s’en sortir.
Celle dont la mère disait « Bat dlo pour fe bè » - battre l’eau pour en faire du beurre -  a bien compris que c’est à force de travail, d’invention et de créativité qu’elle atteindrait ses objectifs. Une fois ses études à Port-au-Prince terminées, elle enseigne dans le primaire, et se forme à la pédagogie, en cours du soir.

Elle obtient une bourse pour la France où elle étudie à l’Institut  international d’administration  publique (absorbé par l’ENA en 2002) et  suit un DESS en administration et gestion.  Au cours de ce séjour, elle découvre que si les Haïtiens restent très attachés à l’ancienne colonie en cultivant sa littérature ou en accolant le nom France aux produits de qualité comme « igname France » ou « pois France la réciproque n’est pas évidente. « Ici je me suis rendue compte qu’il y avait une ignorance complète de ce qu’était Haïti et cela a été un peu un choc parce que je pensais qu’on était presque en cousinage. »

Ses nouveaux diplômes en poche, c’est avec son jeune époux français et ingénieur que Josette repart travailler en Haïti et entre au ministère de l’agriculture. C’était sous Duvalier fils. « Nous étions tout un groupe comme cela à retourner au pays. Conscients de la dictature, nous pensions néanmoins que c’était en étant sur place que nous pouvions changer quelque chose. Tout ce que j’avais appris, je devais à mon tour l’apporter à mon pays »
Elle crée un cabinet d’étude, de consultation et de formation et sillonne le pays pour organiser des séminaires autour de l’agriculture, de la documentation, de l’information et de la veille technologique. Un concept novateur à l’époque, qu’elle va développer et perfectionner en repartant en France avec mari et enfants…pour suivre de nouvelles études de conseil aux entreprises! Elle deviendra une des premières personnes à lancer le coaching en intelligence économique. Un concept qui a fait école depuis.

Ce séjour qui ne devait être que provisoire se transforme en installation définitive. Des années difficiles pour la famille, qui habite alors sur le campus, dans un studio de 28m2 et dont les parents travaillent et étudient en même temps. « Toute ma vie a été comme ça, j’ai toujours travaillé au moins 2 fois 35 heures».

Vivre en Haïti oui, mais pas à n’importe quel prix !

Josette partagée entre le retour au pays et le désir de voir ses enfants s’épanouir au milieu de leurs camarades et non pas dans un cocon privilégié qu’entretient l’Haïti des privilégiés, décide de rester en France. L’embargo de 1991 auquel le pays est alors soumis après le coup d’état contre Aristide contribue également à cette décision. Mais le couple s’engage à emmener les enfants au moins une fois par an en Haïti, pour qu’ils puissent « se retrouver dans leurs racines, dans leur culture pour qu’ils apportent quelque chose en Haïti mais pour aussi leur permettre de  prendre de cette sève que possède ce pays. » Aujourd’hui, Josette peut dire de ses enfants qu’ils sont 100% français ET 100% haïtiens.

Etre femme, noire et coach.

La question de la discrimination et des préjugés, Josette la connaît bien. De ses étudiants aux managers d’entreprises qu’elle conseille et accompagne, émerge systématiquement une réaction d’étonnement. Elle s’en amuse et résume : J’ai côtoyé le préjugé mais je n’ai jamais voulu être victime. Je l’ai plus confronté que subi. Cela m’oblige toujours à aller au delà et à être toujours plus performante que les autres. D’ailleurs, parfois cela doit m’être passé sous les yeux sans que je ne m’en aperçoive. Il y a quelques années , c’était encore le déni. Ces problèmes existaient mais on n’en parlait pas « parce qu’on se disait que ceux qui ne les subissaient pas, pourraient penser qu’il s’agissait là d’une sorte de victimisation, une exagération. Aujourd’hui on peut parler de progrès du fait même qu’on puisse en parler.» Le sentiment de culpabilité est donc dépassé.

La diversité et le multiculturel sont les deux crédos de Josette. Deux dimensions qu’elle essaye d’introduire au niveau du management. Les stéréotypes et les préjugés existent, on ne doit pas les nier, mais les travailler pour les expliquer.
Avec le coaching, Josette travaille des deux côtés des cultures concernées et se considère un peu comme un passeur pour faire cet ajustement entre les gens. Elle rencontre des personnes blessées qui subissent de plein fouet la discrimination et l’injustice tant au niveau professionnel, qu’au moment du recrutement ou d’une promotion. Dans l’autre « camp », elle accompagne également les managers en les aidant à comprendre ce qui se passe de l’autre côté, « celui de la diversité ».

Pour elle, tant qu’on ne considèrera pas que cette diversité est une richesse, on sera dans un rapport de condescendance vis-à-vis de l’autre, « dans l’absence d’une vraie reconnaissance ». Et de s’enthousiasmer en citant quelques exemples de diversité réussies : « En Inde, d’où je reviens, j’ai vu des managers diriger des équipes multiculturelles avec 28 nationalités et ici on est en retard d’un demi siècle. La France avait les possibilités d’être en avance sur ces questions là mais a complètement mal géré sa diversité ». Un constat à décliner comme défi pour cette femme qui sait faire de ses observations une matière à construction.

Anne Lescot


Autres liens

Haïti Futur , une association franco-haïtienne présidée par Josette Bruffaerts, qui soutient une dizaine de projets tournés vers l’éducation, la construction de bibliothèques, d’écoles, le développement informatique et l’utilisation des nouvelles technologies. Site: www.haiti-futur.com

Diversity Source Manager
Cabinet de recrutement spécialisé diversité

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