Moonlight Benjamin, nouvelle venue sur la scène de la musique d'inspiration haitienne

Menue, pétillante, la jeune compositrice et chanteuse Moonlight Benjamin pèse ses mots lorsqu’elle parle. On sent qu’elle cherche ce qui pourrait traduire le plus justement, sa pensée mais parfois les mots ne viennent pas,  elle emprunte alors ceux des grands auteurs haïtiens et les partage en musique.

Venue de la région de l’Arcahaie, à une heure de Port-au-Prince, son entrée dans la vie ressemble un peu à un roman de Dickens. Lorsqu’elle nait, il y a une trentaine d’années, sa mère meurt en couches. Son père, paysan, la confie  alors à ce qui lui semble être la seule issue possible : l’orphelinat. C’est là qu’elle est prise en charge par celui qu’elle appelle « mon père », un pasteur protestant, rigoureux qui la baptise Moonlight, faisant le souhait que l’enfant devienne « quelqu’un » afin d’éclairer ceux qui vivent là-haut, dans les montagnes de l’Arcahaie.
A l’orphelinat, l’ambiance est évidemment religieuse, mais on y chante… à l’église. C’est là que Moonlight exerce sa voix. Elle va plus tard perfectionner son organe dans un tout autre cadre, les cérémonies vodou. Nous sommes à la campagne, et il n’est pas un lieu qui ne soit imprégné de la culture populaire. L’enfant découvre peu à peu ses voisins, leurs pratiques, leurs danses, leurs chants. Elle se rend dans les hounfors (temple vodou), invente des histoires pour échapper à la surveillance protestante.

Elle garde un bon souvenir  de ces années, où elle se sent un peu protégée. En comparaison avec la misère alentour, elle se  dit qu’au fond, elle a bien de la chance d’avoir grandi là, et qu’à défaut d’avoir la famille, elle a au moins reçu une éducation !

A 16 ans, sans ressources, elle décide néanmoins de quitter le cocon religieux  pour vivre à Port-au-Prince. Elle loge chez des amis, poursuit le chant, et entre à l’Ecole Nationale des Arts (ENARTS) pour étudier l’histoire de l’art. Carence de professeurs. Elle se redirige alors vers la danse et là, c’est la rencontre avec Emerante de Pradines. C’était beaucoup plus que la prof de danse, une conseillère qui m’a beaucoup appris de la vie confie-t-elle, « elle était  enracinée dans le vodou, une amoureuse de la culture haïtienne ».
Moonlight persévère, rencontre d’autres artistes avec lesquels elle poursuit le chant.

« Je me suis longtemps demandé si j’avais fait le bon choix, longtemps pour moi la Bible c’était la parole de dieu, la vérité, le vodou c’était le diable ». Elle tâtonne et avec le temps, comprends qu’elle a fait le bon choix.
Mais, malgré les rencontres avec Jean-Claude Martineau ou Manno Charlemagne, dont elle interprète les textes, Port-au-Prince devient trop étroit, « en Haïti ce n’est pas facile d’être un artiste, surtout quand on ne fait pas de la variété ou du compa ». C’est en 2002 que l’émancipation viendra par une formation en chant dispensée en France, plus exactement à Toulouse mais les démarches sont longues. Le dossier finalement monté, elle réussi le concours d’entrée à la Music’Halle, l’école des musiques vivantes et suit deux ans de formation.
Ce qui la frappe à son arrivée, c’est que lorsqu’on lui demande d’où elle vient et qu’elle répond Haïti, on entend Tahiti. « C’est quand même bizarre ! Haïti et la France ont eu un rapport qui n’était pas léger, alors comment la France fait-elle pour être encore présente en Haïti, alors qu’ici Haïti est oubliée ? ». Mais ce constat ne la démonte pas pour autant. Volontaire, déterminée à y arriver, elle crée dès son arrivée un groupe. Ce sera Dyaoulé Pemba. Elle cherche des musiciens haïtiens, sans succès, il n’y en pas à Toulouse. Ce sera alors avec des musiciens du terroir. Un compromis qu’elle gère en imposant une direction musicale forte. Des musiciens français, d’accord mais avec une base rythmique haïtienne. L’entente est là, et ce que Moonlight transmet, ses nouveaux compagnons de route le prennent, en lui restituant à leur tour leur propre connaissance. Le jazz et le blues viennent se mêler aux rythmes haïtiens. Le résultat qu’elle voulait, car « le métissage est là ».
Curieuse Moonlight, contrairement à la tendance actuelle,  admet s’épanouir mieux ici qu’en Haïti. Elle explique que la France « reste ouverte à d’autres cultures, tandis que dans les petits pays, si on n’entre pas dans le réseau, ce n’est pas facile. Aujourd’hui je fais de la musique à 100% ». Courageuse et pudique, elle adoucit, arrondit les angles mais on devine qu’ici non plus cela n’a pas du être facile malgré tout.
Comme beaucoup d’exilés, forcés ou volontaires, ou un peu des deux à la fois, ce qui la tient au fond c’est l’envie de retourner chez elle, pour y travailler avec des tambourineurs haïtiens et restituer à son peuple tout ce qu’elle a appris ici et là-bas. En ce sens, elle est une vraie métisse à peau noire, « c’est le métissage musical qui émeut le public ». Chanter des textes d’auteurs haïtiens écrits en français ? Elle a bien conscience du risque quand un public est en attente de rythmes « exotiques » mais « la vie est un risque », lance t-elle, car chanter en français c’est faire aussi passer ma vision des choses.



Après ses premières scènes notamment au New Morning à Paris en décembre 2007, le chemin se poursuit et devrait la mener sur la scène du Printemps de Bourges, en avril 2008.

Chapeau vaillant petite fourmie.

Anne Lescot


Autres ressources:

My space de Dyaoule Pemba
Production : Ma case, Production/Accompagnement/Diffusion d'artistes en musique du monde

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Le groupe DYAOULE PEMBA (Jazz et Chanson d'Haïti) fait partie des sélections Talents Scènes Chanson/World 2008 et se produira donc sur le Printemps de Bourges le samedi 19 avril à 12h45 dans la salle de la Hune ...

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